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Une hausse du nombre de désertions parmi les employés guatémaltèques

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Photo d’archives Pierre-Paul Poulin Plusieurs entreprises en Montérégie, à 60 kilomètres de Montréal, emploient de nombreux travailleurs étrangers temporaires venus du Guatemala.

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Il y a une augmentation importante des cas de fuites chez les travailleurs étrangers temporaires du Guatemala, a observé un organisme qui vient en aide à ces salariés.

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« Pas chez les Mexicains, mais chez les Guatémaltèques, on a remarqué une hausse cette année », souligne Michel Pilon, directeur général du Réseau d’aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec (RATTMAQ). 

« Il y a eu un changement de gouvernement avec Joe Biden et plusieurs essaient de traverser vers les États-Unis qui est un eldorado pour eux. Au sud, il y a plusieurs Guatémaltèques qui remontent vers la frontière et ils vont rejoindre des proches et la diaspora », poursuit-il. 

Interceptés à la frontière 

Lorsque les travailleurs sont interceptés à la frontière, les douaniers appellent bien souvent le RATTMAQ.  

« On est à l’aéroport. On travaille en étroite collaboration avec les douanes. Ils nous appellent pour des travailleurs qui ont été pris du côté américain. On est appelé à intervenir dans ces dossiers. Lorsque cela arrive, c’est un renvoi automatique dans leur pays. Il y a des cas où ils demandent des statuts de réfugiés, on leur trouve un avocat », explique-t-il. 

Durant l’été, des travailleurs du Guatemala avaient déserté un vignoble de Bécancour et avaient été interceptés à la frontière canado-américaine.

  • Écoutez l’entrevue de Me Stéphane Handfield, avocat spécialisé en droit de l’immigration

Du racket au Guatemala

D’autres décident de fuir vers Montréal, souvent attirés par de meilleures conditions de travail et la peur de retourner dans leur pays d’origine. 

« Au Guatemala, il y a une forme de pizzo qui se paye, ça coûte 4000 $ pour avoir un permis pour venir au Canada. Alors, ils sont endettés, car ils doivent repayer ce montant d’argent à une mafia locale, donc on préfère fuir que de retourner au Guatemala », croit M. Pilon. 

Selon des documents consultés par Le Journal, quelques travailleurs de Pigeon 2006 sont à Montréal depuis plusieurs mois et publient même des photos sur Facebook. 

Certains sont encore en contact avec leur ancienne employeuse, Chantal Morin, qui nous a montré des textos reçus lors des derniers jours.

« Certains tentent de m’intimider, d’autres me disent qu’ils ont parlé à leur consulat », raconte-t-elle. 

Pour Michel Pilon, le travail dans le secteur de la volaille pourrait aussi expliquer le nombre de fuites, car il s’agit probablement « du pire emploi pour les travailleurs étrangers ». 

« C’est un job terrible. Il n’y a personne qui veut faire cela ici, ç’a aucun bon sens ! Ils sont payés au nombre de poulets qu’ils ramassent, faut que tu sautes dans le tas, ils en ont dix dans chaque main et c’est qui va en ramasser le plus. Il y a beaucoup d’accidents de travail », analyse-t-il. 

« L’autre problème, c’est qu’ils n’ont pas toujours assez de travail. L’employeur doit donner un minimum, des fois le minimum n’est pas atteint, alors souvent ils vont essayer carrément de quitter et de tenter de trouver meilleur ailleurs », affirme M. Pilon

Un travail ardu, mais ils sont bien traités  

La présidente de l’entreprise Pigeon 2006 Chantal Morin avoue que le travail dans le secteur de la volaille est très exigeant.

« Il n’y a pas de Québécois qui veulent faire cela », dit-elle. 

Mais elle soutient que les travailleurs sont bien traités dans son entreprise et qu’ils gagnent bien plus que le salaire minimum.

« Ils font de 35 à 40 heures par semaine, ils ont congé vendredi et samedi et ils peuvent se divertir, aller jouer au soccer, etc. Ils sont bien traités chez nous », affirme-t-elle. 

Mme Morin loge les travailleurs dans des maisons dont elle est la propriétaire à Saint-Côme.

Le Réseau d’aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec affirme ne pas avoir eu de plaintes à l’endroit de Pigeon 2006.  

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