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Gangs de rue: ils vont tuer plus d’innocents

C’est la crainte d’un expert policier face à la hausse des fusillades des gangs à Montréal

Hensley Jean
Photo tirée d’Instagram La prison à vie est réclamée contre le membre de gang de rue Hensley Jean, reconnu coupable d’une tentative de meurtre. Ici, il s’affiche sur les réseaux sociaux avec une arme.

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Avec plus d’une centaine de fusillades depuis le début de l’année, Montréal suit la même tangente inquiétante que Toronto. Au point où un expert craint plus de victimes innocentes en raison de la guerre des gangs.

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La préoccupation des autorités pour la violence par armes à feu est présentement à un niveau rarement atteint, a affirmé mercredi au palais de justice de Saint-Jérôme le sergent-détective Marc-André Dubé.

Il témoignait dans le cadre des observations sur la peine du membre de gang Hensley Jean, contre qui la Couronne réclame une peine de prison à vie pour une tentative de meurtre.

« Ce n’est plus épisodique, c’est répétitif », a affirmé l’enquêteur, qui déplore le sort des victimes collatérales pour qui les membres de gang ont « très peu de considération ». 

Trois personnes ont été tuées par balle lors de cette fusillade dans le quartier Rivière-des-Prairies à Montréal, en pleine zone résidentielle.
Photo d’archives
Trois personnes ont été tuées par balle lors de cette fusillade dans le quartier Rivière-des-Prairies à Montréal, en pleine zone résidentielle.

Alors que la ville de Toronto est aux prises depuis plus de 10 ans avec la même problématique, son exemple « montre que si ça ne diminue pas prochainement, il va y en avoir d’autres et peut-être même des plus graves », a mis en garde l’expert de l’Équipe nationale de soutien à l’application de la Loi sur les armes à feu.

  • Écoutez l'entrevue du chercheur à l'institut universitaire jeunes en difficulté, René-André Brisebois, avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio: 

Il a donné en exemple Meriem Boundaoui, 15 ans, morte tragiquement en février, et un événement où un jeune de 13 ans a été blessé en 2020, alors qu’il assistait au tournage d’un vidéoclip.

Une porte d’un logement de Saint-Henri, à Montréal, a été criblée de balles, le 25 août.
Photo d’archives
Une porte d’un logement de Saint-Henri, à Montréal, a été criblée de balles, le 25 août.

Quasi quotidien

« Ce qu’on vit présentement à Montréal avec les événements récents est de la même nature que ceux qui ont mené à la création d’escouades spécialisées à Toronto. [...] On est en train de répéter le même modèle », a-t-il ajouté, faisant référence aux dernières annonces en réaction aux événements violents. 

Le sergent-détective a présenté une revue des événements depuis le début janvier sur l’île. Mais même si elle datait du 24 août, sa compilation n’était déjà plus actuelle tant les coups de feu surviennent « quasi quotidiennement ».

Il avait alors recensé 100 incidents où 367 douilles ont pu être récupérées sur les scènes de crime. Pour toute l’année 2020, ce total s’élève à 115 événements et 368 douilles.

Le même phénomène s’est produit le 30 juillet dans le quartier Saint-Michel.
Photo d’archives
Le même phénomène s’est produit le 30 juillet dans le quartier Saint-Michel.

Haute intensité

Selon Marc-André Dubé, on assiste aussi à une augmentation de la fréquence des fusillades à « haute intensité » : il y a plus de 20 scènes de crime cette année à Montréal où plus de 10 douilles ont été trouvées.

C’est d’autant plus troublant qu’elles se produisent majoritairement dans des secteurs résidentiels.

Seulement à Rivière-des-Prairies, lors du triple meurtre survenu le 2 août, on a trouvé 26 douilles de projectiles de calibre 9 mm et .380 tirés en direction d’un immeuble par plus d’un suspect, depuis deux véhicules en mouvement.

Et des balles perdues viennent régulièrement se loger dans le chez-soi de citoyens, où ils se sentent normalement en sécurité. Le 24 août, un homme dans la soixantaine, sans histoire, en a été victime.

« Il était incrédule. Un des emplacements d’un projectile, c’est là qu’il s’assoit pour écouter la télé. C’était à la hauteur de sa tête », a relaté le sergent-détective, ajoutant que la personne songe à déménager. 

Deux personnes ont été blessées par balle en sortant d’un restaurant du Marché Central, le 8 août.
Photo d’archives
Deux personnes ont été blessées par balle en sortant d’un restaurant du Marché Central, le 8 août.

« Plus peur »

« Les gens n’ont plus peur de se faire arrêter avec une arme à feu » aujourd’hui, contrairement à il y a plusieurs années, a-t-il expliqué.

Cela illustre une « banalisation et une glorification », alors que les membres de gangs de rue se pavanent armés sur les réseaux sociaux. Les demandes d’analyses de vidéos sur les réseaux où une arme à feu apparaît ont explosé, selon lui. 

Et ce n’est pas comme si l’approvisionnement venait à manquer.

« Le flot d’armes à feu, il semble continu. Il n’y a pas de pénurie », a affirmé M. Dubé.

Les observations sur la peine se poursuivent à une date ultérieure, alors que la défense évalue la possibilité de faire entendre un témoin.

Ça tire de partout  

2021*

100 événements

367 douilles retrouvées

2020  

  • 115 événements   
  • 368 douilles retrouvées      

* En date du 24 août.

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