/news/currentevents
Navigation

Un gang de rue passé sous la loupe

Avec la montée des violences par arme à feu, un procureur exige la prison à vie pour une tentative de meurtre

Hensley Jean
Photo tirée de Instagram Sur son compte Instagram, Hensley Jean s’affiche fièrement comme un membre du « Goonz Squad » ou du « 3369 » et exhibe une arme à feu, soit un Beretta 90, qui est prohibé.

Coup d'oeil sur cet article

Les membres de gangs de rue qui ont la gâchette trop facile pourraient y penser à deux fois avant de passer à l’acte maintenant qu’un procureur de la Couronne demande la prison à vie pour l’un d’eux coupable d’une tentative de meurtre.

• À lire aussi: Laval investit 1,2M$ pour la lutte aux armes à feu

C’est un portrait bien sombre d’Hensley Jean qui a été dressé au palais de justice de Saint-Jérôme, dans le cadre des observations sur la peine, lui qui se montre publiquement sur les réseaux, arme à feu à la main.

Le jeune homme de 26 ans, qui possède de lourds antécédents, n’hésite pas à montrer ses couleurs, s’affichant publiquement comme un membre du « Goonz Squad » ou du « 3369 », affilié au groupe plus connu des « Zone43 ». 

Hensley a été reconnu coupable en juin d’une tentative de meurtre le 3 juin 2019 à Saint-Eustache, où il avait fait erreur sur la personne. 

Prise le 3 juin 2019 à Saint-Eustache, l’homme avait tenté de tuer un homme, mais s’était trompé de personne.
Photo d'archives
Prise le 3 juin 2019 à Saint-Eustache, l’homme avait tenté de tuer un homme, mais s’était trompé de personne.

Cours 101 sur les gangs

Et afin de bien démontrer l’étendue du fléau de la violence par armes à feu, le procureur de la Couronne, Me Steve Baribeau, a fait appel à plusieurs témoins pour éclairer la juge Hélène Di Salvo.

« [La situation à Montréal] est plus que préoccupante », a affirmé la sergente-détective Caroline Raza, de la police de Montréal, qui est en quelque sorte venue faire un « cours 101 » des gangs de rue de la métropole et de leurs mœurs. 

Celle qui suit de près les tendances dans la rue a expliqué que même si les « Zone43 », de Mont-réal-Nord, affrontent leur principal gang rival des « Profit Boy$ », dans Rivière-des-Prairies, il n’est pas impossible que des individus de même allégeance en viennent à se tirer dessus.

« C’est rendu pour n’importe quoi, c’est vraiment une banalisation », a soutenu Mme Raza, alors que les conflits peuvent se résoudre avec des armes pour des sujets comme le contrôle de territoire, de la fraude, des dettes ou même pour des histoires de cœur. 

La vengeance est aussi un motif où les membres de gangs vont avoir la gâchette facile, notamment avec la tendance désignée dans le milieu comme étant du « scoring ».

« Quand il arrive un événement, par exemple une personne d’un groupe qui est visée, on va aller répliquer tout de suite [chez le gang rival]. On va aller faire des points, a indiqué la sergente-détective. À l’automne 2020, un monsieur a été blessé dans ce contexte. Il a des dommages permanents aux jambes, il ne marchera plus jamais. » 

  • Écoutez le résumé du journaliste Antoine Lacroix au micro de Philippe-Vincent Foisy sur QUB radio:   

Nouveau territoire

C’est dans l’air du temps, les réseaux sociaux sont devenus un territoire que les membres de gangs veulent s’approprier, mais aussi utiliser pour narguer leurs adversaires. 

Cette situation s’est d’autant plus exacerbée avec la pandémie, alors qu’ils ne pouvaient plus s’afficher dans la rue.

« Ça contribue à la violence, a estimé Caroline Raza. Ils veulent montrer qu’ils continuent d’être actifs, de faire de l’argent, démontrer leur force. »

Des membres de gangs se sont même filmés en train d’utiliser plusieurs armes dans des champs de tir, a-t-elle relaté.      

  • Les observations sur la peine d’Hensley Jean se poursuivent aujourd’hui.    

La guerre se poursuit même après l’incarcération  

Les conflits qui se règlent par armes à feu dans les rues de Montréal se sont même transportés à l’intérieur des murs des prisons, alors que la tension y est à son comble en raison de représailles. 

« C’est explosif cette année, a reconnu sans détour Nicolas Laroche, chef d’unité de détention à l’établissement Rivière-des-Prairies. À la première occasion, ils vont s’en prendre l’un à l’autre. »

Il est venu témoigner de la situation d’Hensley Jean, qui est emprisonné depuis le début des procédures. Rapidement, il a été classé comme affilié au gang des « Zone43 ». 

Péter à tout moment

Et impossible qu’ils côtoient de près ou de loin leurs rivaux des « Profit Boy$ » sans que ça dégénère. 

La situation est à un point tel que depuis deux semaines, des mesures spéciales ont été instaurées pour faire davantage de fouilles, à la recherche d’armes artisanales. 

  • Écoutez l'entrevue du chercheur à l'institut universitaire jeunes en difficulté, René-André Brisebois, avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Le chef d’unité a donné deux exemples troublants qui se sont produits récemment.

Un membre des « Zone43 » s’est fait lancer de l’eau bouillante par un adversaire alors qu’il revenait de l’infirmerie. 

Dans un autre cas, un individu aurait profité d’une porte laissée ouverte pour aller tenter de violenter un rival.

« C’est un agent de contrôle qui a fermé les portes tout juste avant que le choc se produise », a expliqué M. Laroche.

Ces « représailles à l’intérieur » de la prison seraient en lien avec la « guerre » qui se produit dehors, selon lui. 

En majorité liés aux gangs

Depuis le début de l’année 2021, un peu plus de 100 événements où des coups de feu ont été tirés sont survenus à Montréal.

Et en date du 24 août dernier, plus de la moitié d’entre eux étaient liés aux gangs de rue, selon une compilation faite par la sergente-détective Caroline Raza, du Service de police de la Ville de Montréal.

À VOIR AUSSI...