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Au Texas, la démocratie fait marche arrière

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La démocratie, les droits civils et le bon sens sont en danger aux États-Unis. Pour s’en rendre compte, il suffit de jeter un coup d’œil au Texas.

Au Texas, tout est toujours plus gros qu’ailleurs. C’est donc l’endroit idéal pour observer certaines pathologies de la politique américaine.

Selon le recensement de 2020, le Texas est l’un des États qui croît et qui rajeunit le plus vite, essentiellement à cause de l’augmentation des populations minoritaires, surtout hispanophones. Ces changements ont presque mené ce château fort républicain à virer au bleu en novembre dernier.

À long terme, on pourrait y voir une tendance favorable à l’épanouissement des droits civils et des valeurs progressistes, mais à court terme les conservateurs républicains s’accrochent au pouvoir et c’est le contraire qui se produit.

Reculs démocratiques

Malgré la résistance épique des démocrates, les républicains texans viennent d’adopter une loi électorale extraordinairement restrictive.

Les défenseurs de cette loi proclament qu’elle vise à sécuriser le vote, mais les fraudes qu’elle vise à contrer n’existent que dans l’imagination de Donald Trump et de ceux qui gobent le « Grand Mensonge » d’une élection volée en 2020. Même si les républicains s’indignent quand on qualifie cette loi de raciste, ils ne nient pas qu’elle ait pour conséquence explicite de limiter les droits de groupes ethnoraciaux minoritaires.

De plus, la législature républicaine accouchera bientôt d’une nouvelle carte électorale pour l’État, qui gagnera deux sièges au Congrès et deux votes au collège électoral. Les républicains se réjouissent ouvertement que cette carte sera découpée à leur avantage, ce qui pourrait faire basculer la majorité au Congrès.

« Pro-vie » et pro-virus

Les républicains du Texas mènent une guerre à finir contre l’accès des femmes à un avortement légal et sécuritaire. Avec la bénédiction des tribunaux conservateurs, le Texas vient d’adopter la loi la plus restrictive sur l’avortement de tout le pays.

La nouvelle loi interdit l’avortement après seulement six semaines de grossesse et soumet tous les contrevenants à de lourdes peines, en plus d’offrir une prime de 10 000 $ aux dénonciateurs.

L’appui probable à cette loi par la Cour suprême signalerait un retour de la criminalisation de l’avortement, presque 50 ans après Roe vs Wade.

En même temps, le Texas dispute à la Floride le titre d’État le plus favorable à la propagation de la COVID-19. Comme en Floride, le gouverneur cherche à empêcher les commissions scolaires d’obliger le port du masque. Les activistes antivaccin du Texas ont aussi noyauté le Parti républicain au point de compromettre sérieusement la vaccination pendant que le variant Delta fait des ravages dans l’État.

Et quand cette crise s’estompera et qu’il faudra confronter les changements climatiques, qui font aussi des ravages au Texas, les républicains continueront de nier la réalité et de bloquer toute politique de contrôle des gaz à effet de serre.

Si le Texas annonce des tendances plus larges, la démocratie américaine traverse une zone de turbulence dont elle pourrait sortir amochée, si elle s’en sort.