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Le français à l’Hôpital général juif, 25 ans plus tard

Le français à l’Hôpital général juif, 25 ans plus tard
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin

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Hospitalisée d’urgence à l’Hôpital général juif de Montréal, ma collègue Sophie Durocher écrit: «Je suis à l’hôpital Juif en attente de chirurgie et les deux chirurgiennes et le résident sont unilingues anglais! Incapable de me faire soigner au Québec en français en 2021!!! [...] “Your government hired me”, m’a lancé la chirurgienne!» Le préposé aux bénéficiaires qui s'est présenté à la chambre de Sophie à son retour après l’opération ne parle pas, lui non plus, le français. Quelqu’un doit lui expliquer en anglais que Sophie a soif: «She’s thirsty, she needs a straw

J’ai vécu les mêmes insolents outrages linguistiques il y a 25 ans, en 1996, lorsque j’ai été hospitalisé d’urgence au Jewish à la suite de ma première crise cardiaque. M’adressant en français à l’infirmière qui s’occupait de moi alors qu’elle entrait dans ma chambre, elle m’a sèchement répliqué sur un ton péremptoire: «Speak to me in English. This is an English hospital.» 

Décidément, rien ne change au pays du Québec, pour reprendre la phrase prophétique de Louis Hémon dans son roman Maria Chapdelaine.

J’ai demandé au Collège des médecins comment il se peut que des unilingues anglais exercent la profession médicale au Québec.

Leslie Labranche, des relations médias du Collège, m’a répondu par courriel que le Bureau du syndic fait enquête si on lui signale que la méconnaissance du français d’un médecin empêche la communication avec le patient. Le syndic intervient pour s’assurer que le médecin maîtrise la langue française et qu’il prenne les moyens pour communiquer en français avec son patient si ce dernier le demande. Sinon, une plainte disciplinaire peut être déposée contre lui.

Mme Labranche m’assure que le Collège des médecins du Québec ne tolère pas qu’un médecin inscrit à l’Ordre parle uniquement en anglais avec un patient qui souhaite échanger avec lui en français. Il semble que ce motif de plainte est peu fréquent. On n’a pas de chiffres à ce sujet. En bons colonisés, la plupart des patients qui baragouinent un peu d’anglais sont probablement fiers de passer à la langue de Shakespeare pour parler au médecin, avec tous les dangers d’erreurs de compréhension que cela implique.

Vous avez vécu une humiliation semblable de la part de médecins anglos à l’Hôpital général juif ou dans un autre établissement de santé, vous pouvez porter plainte au Bureau du syndic du Collège des médecins.

Tous les médecins étrangers qui demandent un permis de pratique au Québec doivent démontrer qu’ils répondent aux exigences de la Charte de la langue française et se soumettre à l’examen de français de l’OQLF. Ils peuvent obtenir un permis temporaire d’un an pour apprendre le français.

La porte-parole du Collège des médecins rappelle également que les établissements de santé du Québec sont obligés de fournir les documents en français, sans frais de traduction, à quiconque y a accès et en fait la demande.