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Encore des millions pour Radio-Canada ?

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L’avenir de la Société Radio-Canada (SRC) dépendra largement du dénouement de l’élection fédérale. Tous les partis qui aspirent au pouvoir ont dévoilé leurs intentions à l’égard de la société d’État.

L’enjeu est d’intérêt public. Le gouvernement fédéral dépense chaque année plus de 1,2 milliard de dollars pour financer le diffuseur. 

Avec ces revenus garantis du trésor public, la SRC continue néanmoins de faire concurrence au secteur privé en vendant de la publicité et des abonnements. 

Libéraux

Justin Trudeau a déjà augmenté le financement de la SRC de 150 millions de dollars par année depuis son élection de 2016. Il propose d’en rajouter en dépensant 400 millions de dollars supplémentaires au cours d’un prochain mandat. Dans leur plateforme électorale, les libéraux annoncent leur intention « d’éliminer la publicité pendant les nouvelles et autres émissions d’affaires publiques » et « d’offrir une programmation unique qui se démarque des diffuseurs privés ».

Est-ce à dire qu’on abolira la publicité au Téléjournal, et qu’en retour, le gouvernement offrira une compensation ? Le diffuseur public a-t-il besoin d’un financement supplémentaire ? 

Crise 

La crise des médias est bien réelle, mais Radio-Canada ne connaît pas cette crise. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le diffuseur a engrangé des revenus de 118 millions de dollars au premier trimestre de cette année. 

Seulement en revenus publicitaires, CBC/Radio-Canada a généré plus de 65,7 millions de dollars. Pour vous donner une idée, il s’agit d’une augmentation de 17 % par rapport à la même période en 2019, avant la pandémie.

Pour les mois d’avril, mai et juin 2021, elle a connu sa meilleure performance financière des cinq dernières années. Cela s’explique notamment par le fait que le diffuseur public vit le meilleur des deux mondes : il joue sur le terrain du privé en vendant de la publicité, tout en recevant un financement public.

Et il n’y a pas que la publicité qui s’avère payante pour Radio-Canada. Ses services numériques par abonnement, ICI TOU.TV EXTRA et CBC Gem, lui permettent de récolter près de 2 millions par mois selon son dernier rapport financier. 

Conservateurs

De leur côté, les conservateurs promettent de maintenir le financement de la société d’État, tout en s’assurant qu’elle ne fasse « plus concurrence aux fournisseurs de services numériques et aux radiodiffuseurs privés canadiens ».

Erin O’Toole ne propose rien de moins qu’une réforme en profondeur : une séparation entre le service anglais de CBC et le service français de Radio-Canada. 

ICI TOU.TV EXTRA et CBC Gem deviendraient gratuites pour éliminer la concurrence que ces plateformes livrent au secteur privé. Les conservateurs offriraient au gouvernement du Québec la possibilité de nommer des représentants au Conseil d’administration de la SRC. Ils proposent aussi de supprimer le service publicitaire Tandem, cette plateforme de publireportages qui associe la crédibilité de la marque radio-canadienne à certains produits commerciaux. 

Néo-démocrates

Pour ce qui est du Nouveau Parti démocratique (NPD), sa plateforme « Oser mieux » promet de dépenser encore plus de fonds publics, sans poser de conditions ni offrir de précisions sur le mandat de la société d’État.

« Nous augmenterons le financement de CBC/Radio-Canada pour réparer les dommages causés par des décennies de compressions budgétaires », clament les néo-démocrates. Combien Jagmeet Singh est-il prêt à dépenser ? Laissera-t-il le diffuseur public concurrencer le privé sur son terrain ?

Avec toutes ces propositions, cette élection marquera à coup sûr un moment décisif dans l’histoire de la société d’État.