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La boxe, miroir de la société

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Une jeune boxeuse mexicaine vient de mourir à Montréal après un combat.

L’affaire relance un débat qui tient largement du dialogue de sourds.

Je simplifierai à outrance tant le sujet est trop complexe pour une chronique de 500 mots.

En très gros, on peut saisir le sujet à deux niveaux : un niveau, disons, philosophique et un niveau, disons, pratique.

Contradictions

Sur le plan pratique, cette mort aurait pu être évitée. La jeune femme n’aurait jamais dû être autorisée à monter sur le ring.

Elle avait été knockoutée trois mois auparavant et n’était pas de calibre pour rivaliser avec son adversaire. 

L’enquête, tout à fait justifiée, déterminera s’il y a eu négligence ou pire.

Indépendamment de ce cas particulier, la boxe professionnelle reste désorganisée et corrompue.

Sur le plan philosophique, le débat tourne autour de la question : quoi penser d’un sport dont le but est de chercher à gagner en frappant l’autre à répétition, notamment à la tête ?

Chacun est évidemment libre de sa réponse.

Les choses sont simples pour ceux qui appliquent leur grille morale à tout et à tous.

La réalité est plus complexe et nous confronte à nos contradictions morales.

J’aime la boxe, mais je suis heureux que mes enfants ne la pratiquent pas.

Je suis un riche qui se divertit (si le combat est bon) en regardant des gens souvent poussés vers la boxe par la pauvreté.

J’ai assisté notamment aux combats Pascal-Kovalev et Lemieux-Saunders : des performances grandioses par des athlètes immenses.

Un grand combat est un mélange unique de force, de talent, de courage, d’intelligence, de beauté et de tension.

D’autres combats, cependant, donnent envie de vomir.

Rappelons par ailleurs quelques évidences.

Si les dangers pour le cerveau étaient le critère au nom duquel il faudrait interdire un sport, qu’en est-il du football ou du hockey ?

Oui, l’immense majorité des boxeurs sont pauvres, le resteront et se battent pour divertir les riches. Mais nous comptons aussi sur des pauvres pour ramasser nos ordures ou cueillir nos fruits. 

Tant qu’il y aura une demande, il y aura une offre. Rendre ce sport illégal serait le rendre clandestin, donc impossible à encadrer.

Oui, on peut et on doit mieux l’encadrer, mais il restera toujours dangereux.

Et si un être humain connaît les risques et les assume, notamment parce qu’il a moins d’options que moi, qui suis-je pour lui interdire de courir ces risques, pour lui retirer cette option ?

Et tant qu’il n’y aura pas une relative centralisation de l’encadrement de ce sport, un boxeur interdit de boxer dans une localité X ira combattre dans une localité Y.

Et oui, indiscutablement, la boxe, comme bien d’autres sports professionnels, sert d’ascenseur social à ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir une bonne éducation.

Et si la boxe vous répugne, vous n’avez qu’à détourner les yeux. Contrairement aux impôts ou à la mort, elle est optionnelle.

Tant qu’il y aura des pauvres, il y aura de la boxe. Aussi simple que ça.