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Joe Biden, navigateur à vue

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Ce n’est pas très long, sept mois, dans la vie d’un homme. Ça aura suffi à Joe Biden pour comprendre que sa présidence – qu’il promettait plus cohérente et prévisible que celle de son prédécesseur – s’annonce, elle aussi, bardassée par toutes les tempêtes imaginables, au propre comme au figuré.

Je suis revenu à la Maison-Blanche cette semaine, après mon été au Québec. L’équipe de presse, toujours aussi disponible, m’est toutefois apparue moins énergique. Comme si on était passé, en quelques semaines, de la position de lanceur à celle de receveur.

Au printemps, parallèlement à la lutte à la pandémie, l’entourage du président mettait de l’avant de grands programmes d’investissements : 1900 milliards de dollars pour arracher l’économie aux misères de la COVID, 1800 milliards en soins de santé et en éducation, 2300 milliards en remise à neuf des infrastructures du pays.

Les belles idées sont toujours là, mais depuis une vingtaine de jours, du secrétaire d’État au secrétaire à la Défense et jusqu’au président lui-même, on se consacre davantage à parer les coups, à slalomer entre les écueils.

L’AFGHANISTAN, UNE BÊTISE SANS NOM

Le retrait chaotique d’Afghanistan se fait sentir comme une interminable gueule de bois. La popularité du président en souffre directement, passant sous la barre des 50 %, alors que, encore une fois, avant que je ne rentre à Montréal en juin, la moyenne des sondages lui donnait 53 % d’approbation contre un lointain 40 % de désapprobation. La gestion de la sortie afghane est d’autant plus déplorable que les Américains s’y montraient massivement favorables. Selon un sondage du Washington Post et d’ABC News dévoilé vendredi, 77 % des personnes interrogées appuyaient le retrait des troupes américaines, mais 60 % dénoncent aujourd’hui la façon dont le président a géré l’affaire.

D’UNE TEMPÊTE À L’AUTRE

Un sondage que Joe Biden n’a pas eu à commenter, parce que c’est entre les poteaux d’électricité brisés et les maisons ravagées du sud de la Louisiane qu’il a terminé sa semaine. La tempête afghane a vite été relayée par l’ouragan Ida, ses centaines de milliers de sinistrés au sud et ses dizaines de morts dans le nord-est.

Une crise humanitaire locale amplifiée par des services de santé débordés par les victimes du variant Delta. C’est un autre défi que le président démocrate peine à relever, convaincre davantage de ses compatriotes à se faire vacciner. Cinquante-trois pour cent d’entre eux l’ont fait, laissés derrière par 68 % de Canadiens et, mieux encore, 80 % de Québécois.

PEU DE VACCINS, PEU D’EMPLOIS

Conséquence, les Américains restent sur leurs gardes et l’économie ne parvient pas à décoller comme le souhaiterait le président. À preuve, les 235 000 nouveaux emplois créés au mois d’août, trois fois moins qu’en escomptaient les analystes, presque cinq fois moins qu’en juillet. Pour la première fois depuis décembre dernier, le télétravail est reparti à la hausse. On se tient donc loin, du coup, du fameux « retour à la normale ».

Confiant et expérimenté, Joe Biden espérait certainement mieux à ce moment-ci de sa présidence que d’être mené par les intempéries, d’une vague à l’autre. 

Retrait de l’Afghanistan