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Qui percera cette banlieue rurale?

Un conservateur rêve que Châteauguay-Lacolle vote bleu comme au temps de Diefenbaker et de Mulroney

Pierre Bournaki
Photo Pierre-Paul Poulin Pierre Bournaki, candidat conservateur, ici avec Gérard Bruchési, ex-député progressiste-conservateur, fait campagne dans sa Porsche décapotable.

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Un musicien et financier survivant de la COVID-19 tente de percer la périphérie rurale de Montréal sous la bannière du Parti conservateur, dans le comté girouette de Châteauguay-Lacolle.

« On ne peut pas continuer avec un gouvernement libéral qui est dans une dérive totale, une dérive financière, une dérive éthique », énumère Pierre Bournaki entre deux gorgées de thé à la menthe.

Nous sommes dans un restaurant égyptien de Châteauguay, à mi-chemin entre Montréal et les lignes américaines. Le décor et les parfums moyen-orientaux contrastent avec l’odeur de friture qui émane des comptoirs de service à l’auto des grandes chaînes voisines.

« Le visage de notre communauté est en train de changer avec les immigrants qui s’installent. Beaucoup portent en eux les valeurs conservatrices, comme la réussite économique et la famille. »

Ce segment de la population a déjà rapporté gros au Parti conservateur : Stephen Harper s’est maintenu au pouvoir pendant une décennie en raflant le vote immigrant des périphéries populeuses de Toronto, les mêmes qui ont ensuite porté Doug Ford à la tête de l’Ontario.

Pénurie de main-d’œuvre

Pour Pierre Bournaki, dont le père était lui-même immigrant, faciliter l’installation des immigrants économiques et accélérer la distribution de visas aux travailleurs temporaires essentiels aux entreprises agricoles de son coin sont des clés pour lutter contre la pénurie de main-d’œuvre.

« J’ai rencontré 13 des 15 maires de la circonscription et la pénurie de main-d’œuvre est l’enjeu qui revenait le plus dans les discussions », dit-il.

Il peste contre la PCU et ses rejetons, qui privent les entreprises de bras en payant les gens « pour ne pas travailler », dit-il.

Pour ce candidat qui met son visage sur une pancarte électorale pour la première fois, il est plus que temps de remballer les programmes d’aide pandémique qui poussent les finances de l’État vers l’abîme.

Finances publiques

La dette est un thème récurrent pour le violoniste devenu financier après une maîtrise en finance internationale à l’université de Columbia, à New York. Il fait du porte-à-porte au volant de sa Porsche décapotable rouge et ne manque pas de souligner que son chef est le seul à promettre un retour à l’équilibre budgétaire.

Le candidat novice des bleus est cependant bon troisième dans les intentions de vote, d’après les tendances compilées par l’agrégateur de sondages Canada 338. On donne une légère avance à la députée libérale sortante Brenda Shanahan sur son adversaire bloquiste Patrick O’Hara.

Brenda Shanahan, Parti libéral.
Photo Chantal Poirier
Brenda Shanahan, Parti libéral.

Mais à deux semaines du vote, rien n’est joué dans cette circonscription où on a voté libéral presque autant que Bloc québécois. On y a aussi élu une néo-démocrate en 2011 et des progressistes-conservateurs sous Brian Mulroney et John Diefenbaker.

Le tout premier député progressiste-conservateur du coin, Gérard Bruchési, élu en 1958, est d’ailleurs toujours résident de Châteauguay. À 90 ans, il a encore le cœur bleu et disserte d’économie pendant des heures avec celui qui espère suivre ses traces, Pierre Bournaki.

« Dites à M. O’Toole de ne pas trop parler de la dette, on ne gagne pas des votes avec ça », lance M. Bruchési. 

Enjeux clés

Transferts en santé

Pour le candidat conservateur Pierre Bournaki, qui a vu la mort de près quand la COVID-19 l’a plongé dans le coma en avril 2020, le financement du système de soins de santé est une priorité. Il veut plus d’argent pour le centre hospitalier Anna-Laberge à Châteauguay, dont la clientèle augmente rapidement avec la croissance démographique accélérée que connaît la région.

Son chef Erin O’Toole s’est engagé à donner « plus de financement pour la santé, d’une manière stable, prévisible et sans condition ». 

Il n’a toutefois pas acquiescé à la demande des provinces et des territoires qui veulent que le fédéral paye 35 % de la facture en santé, alors qu’en ce moment il n’en couvre que 22 %. M. O’Toole s’est contenté de dire qu’il augmenterait les transferts fédéraux de 6 % par an au minimum, contre 3 % actuellement.  

Soutien au secteur agricole

« La circonscription est située dans la région la plus agricole du Québec, rappelle Patrick O’Hara, candidat du Bloc québécois. La protection du système de gestion de l’offre et le soutien à la transformation et à la recherche en agriculture y ont une importance capitale. La pénurie de main-d’œuvre est un enjeu pour tous les producteurs et éleveurs. »

Patrick O’Hara, Bloc québécois, avec son chef Yves-François Blanchet.
Photo tirée de Facebook
Patrick O’Hara, Bloc québécois, avec son chef Yves-François Blanchet.

Internet haute vitesse

Les libéraux espèrent gagner des votes ici en voulant « connecter le Canada rural ». « Depuis 2015, nous avons investi plus de 8 milliards $ pour accélérer la venue de service sans fil et d’Internet haute vitesse partout au Canada. Voilà qui est davantage de fonds affectés à des investissements dans la large bande que sous tous les gouvernements fédéraux précédents réunis », plaident-ils dans leur plateforme électorale.