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Sortir un lapin du chapeau

Coyotes c. Canadiens
Photo d'archives, Martin Chevalier Christian Dvorak sera du côté de Carey Price, la saison prochaine.

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Marc Bergevin avait un autre lapin dans son chapeau. Il a réalisé un coup fumant, hier après-midi, en tranchant le débat au sujet de Jesperi Kotkaniemi et en s’assurant que le Canadien colmate cette brèche à la position de centre de l’organisation... et sans pour autant toucher aux effectifs de la présente édition.

Se joint donc au groupe, un centre de 25 ans, avec encore quatre années à écouler à son entente contractuelle. Christian Dvorak a passé les cinq dernières saisons en Arizona. L’an dernier, il a inscrit 17 buts, huit en supériorité numérique. 

Croyez-vous maintenant que Bergevin n’avait pas un plan « B », un plan qu’il a mis en place en ayant la confirmation que KK avait signé un contrat d’un an, lui rapportant 6,1 M$ avec les Hurricanes de la Caroline ? Souvenez-vous qu’il y a un mois, il avait déjà entrepris des démarches, ou tout au moins, il avait sondé le terrain chez les Coyotes au sujet de la disponibilité de Dvorak.

La réponse fournie par les décideurs des Coyotes l’invita à concocter une stratégie impressionnante.

Bergevin connaissait les besoins urgents de l’organisation et il fallait donc modifier la liste des effectifs et surtout dénicher un joueur de centre pouvant remplir d’importantes responsabilités parmi le Top six. N’avait-il pas donné une idée de ses états d’âme dans son bilan annuel en mentionnant : « Vous me demandez si KK à la capacité d’être le deuxième joueur de centre de l’organisation ? Honnêtement, je ne le sais pas. »

Plus d’option

À ses trois premières saisons avec le Canadien, Kotkaniemi a été incapable de convaincre son patron qu’il avait toutes les ressources pour assurer la relève au poste de centre. Au début de la dernière saison, que disait-on ? « Les performances de Kotkaniemi pendant les séries éliminatoires, face aux Penguins et aux Flyers, laissent présager que le Canadien finalement misera sur deux centres jeunes et talentueux. Qu’ils vont charrier l’attaque de l’équipe pour des années à venir. »

Kotkaniemi n’a jamais réussi à remplir les conditions qu’impose Bergevin à tous les joueurs : « Ce sont les patineurs qui doivent s’assurer qu’on prend les bonnes décisions. »

Après avoir avisé Geoff Molson et ses principaux lieutenants suite à l’offre hostile de Tom Dundon, le propriétaire des Hurricanes, Bergevin a été bien clair. « Je n’embarque pas dans ce dossier. On ne peut pas cautionner de telles conditions salariales. C’est de la démesure. Ils veulent lui donner un tel salaire, qu’il en soit ainsi. Nous, on a un modèle d’affaires et on a une solution de rechange fort intéressante. »

Il a donc capitalisé sur les conditions de l’offre hostile : un choix de premier tour et un choix de troisième tour.

La transaction démontre à quel point Bergevin est un fin négociateur. Les Coyotes utiliseront le meilleur choix entre celui de premier tour du Canadien et celui de premier tour des Hurricanes en 2022. Et le Canadien cède aux Coyotes son choix de deuxième tour en 2024. Cependant, si les choix de premier tour du Canadien et des Hurricanes se retrouvent parmi les 10 meilleurs en 2022, Bergevin cédera le pire choix entre les Hurricanes et le Tricolore.

Par conséquent, le décideur du Canadien profite pleinement d’une situation qui, de prime abord, semblait préoccupante.

Un inconnu

Christian Dvorak, on ne connaît pas ce jeune joueur.

Et, avec raison. Quand vous évoluez dans le désert de l’Arizona, il y a de fortes chances que vous passiez « incognito » à moins d’évoluer pour les Cardinals de la NFL ou pour la formation de Phoenix du baseball majeur. 

Dvorak, un Américain de l’Illinois, a évolué avec les Knights de London, de la Ligue de hockey junior de l’Ontario. Il était le joueur de centre de Mitch Marner et de Matthew Tkachuk. À sa dernière saison, il a marqué 52 buts. Certes, il ne montre pas des statistiques impressionnantes en Arizona, mais il a connu quatre saisons de 15, 15, 18 et 17 buts. Ce sont des chiffres supérieurs à ceux de Kotkaniemi. Ce qu’on doit retenir de l’affaire Kotkaniemi, c’est que Bergevin a fait sursauter quelques-uns de ses homologues dans le dossier Sebastian Aho, mais il a sûrement reçu plusieurs appels pour le féliciter sur la façon dont il a manipulé le dossier KK. Non seulement a-t-il refusé d’égaler l’offre ridicule des Hurricanes, mais il a sûrement retenu l’attention des directeurs généraux sur l’art de profiter d’une situation et en tirer des conclusions plus que satisfaisantes.

Et, il reviendra sur ce qu’il a toujours prétendu : le règlement des joueurs autonomes avec compensation comporte des risques, mais il y a toujours un moyen où une équipe peut en retirer des dividendes.

Marc Bergevin confirme encore une fois qu’il est un décideur qui ne craint pas de prendre des risques et qu’il est bien servi par son flair.

Composer avec le plafond salarial  

Avant l’arrivée de Christian Dvorak, le Canadien avait une masse salariale de 83 776 370 $. Un surplus de 2 276 370 $.

L’ex-joueur des Coyotes de l’Arizona, Christian Dvorak commande un salaire de 4 450 000 $. Donc, Marc Bergevin doit présentement composer avec une masse salariale de 88 226 370 $.

Pour respecter le plafond salarial en période d’inactivité, une équipe ne doit pas dépasser le montant du salaire du joueur qu’on soumettra au règlement de l’absence prolongée.

Dans ce cas-ci, on se tourne du côté de Shea Weber. Marc Bergevin a été assez clair en soulignant que Weber raterait probablement toute la prochaine saison. Donc, son salaire de 7 857 143 $ sera exclu du plafond salarial. Pour l’instant, il n’y a pas de soucis pour les comptables du Tricolore.

Il est toujours important de suivre les engagements financiers du Canadien puisque c’est la période de l’année où les directeurs généraux apportent quelques changements à leurs effectifs afin de respecter le plafond salarial de 81 500 000 $ avant le premier match de la saison.

Et, dans le cas de Bergevin, il faut toujours le surveiller de très près, bien qu’il se garde de dévoiler sa stratégie au niveau des effectifs. Il est constamment à la recherche d’une aubaine.