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La mort, la vie et la boxe

BOXE sous les étoiles
Photo d’archives, Martin Chevalier Jeanette Zacarias Zapata étendue dans le ring le 28 août dernier, avant son transport vers l’hôpital.

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La vie est une maladie transmise sexuellement qui se termine par la mort. C’est sans doute la définition la plus désolante et la plus déprimante de cette aventure extraordinaire qu’est la vie.

Cette vie s’est terminée tragiquement pour trois jeunes motocyclistes pendant le dernier week-end d’août au Québec. Ça ne m’a pas empêché de rouler 2800 kilomètres sur un Harley pour aller visiter Natashquan, le village et l’univers de Gilles Vigneault.

Elle s’était terminée à 32 ans pour Gilles Villeneuve. À 23 ans pour Riccardo Paletti, qui s’est tué au Grand Prix du Canada en 1982. Il y a eu une course de Formule 1 en fin de semaine dernière en Hongrie.

Elle a failli prendre fin à 36 ans pour Lady Ju, attaquée par un terrifiant cancer du sein. Elle riait en préparant un tomahawk pour le barbecue hier soir.

Et la vie aura duré 18 ans pour une jeune Mexicaine décédée après un combat à Montréal, il y a dix jours. On peut être triste, on peut philosopher sur les risques de commotion cérébrale, mais la vie continue pour Kim Clavel, pour Marie-Ève Dicaire et surtout Marie-Pier Houle même si elle a le cœur brisé.

Le dénominateur commun dans tous ces exemples, c’est le choix de la vie. Quelle vie ? Quelle passion ? Quels risques à assumer ? Quels obstacles à surmonter ?

LES RISQUES DE LA PANDÉMIE

Jeanette Zacarias Zapata est décédée au Québec lors de la pratique d’un sport dangereux. La dernière fois que pareil accident est survenu, c’était le 20 juin 1980 au Stade olympique. Cleveland Denny était mort après un dur combat contre Gaétan Hart.

Je couvrais ce combat et j’ai couvert l’enquête du coroner et surtout la longue enquête du juge Raymond Bernier sur les liens de la boxe avec le crime organisé. 

Depuis, le Québec s’était donné les moyens de mieux protéger les athlètes qui montaient dans un ring pour un combat.

Mais la COVID a forcé tout le milieu à prendre de nouveaux risques. Les restrictions de la Santé publique ont mené à des combats qu’on aurait sans doute évités dans d’autres circonstances. Et la tentation de prendre des raccourcis pèse toujours lourd dans l’organisation d’un gala en des temps difficiles.

L’enquête du coroner va sans doute révéler qui a payé dans les faits la bourse de la jeune Mexicaine, qui a fourni l’argent et comment s’est organisé ce combat ? Qui a vérifié les vidéos des combats précédents de la jeune Zapata ?

Comment la Régie des alcools, des courses et des jeux s’est-elle assurée qu’elle était de calibre pour Marie-Pier Houle et dans une condition physique adéquate pour une adversaire aussi dangereuse ?

J’espère seulement que le coroner va poser les vraies questions aux bonnes personnes. Il n’y a pas qu’Yvon Michel dans cette tragique histoire.

LA VIE DANS UN SALON

La tentation, et je le comprends très bien, après pareille tragédie, est de sortir tous les gros tambours et de clamer qu’un sport qui vise à frapper la tête doit être banni au plus vite. Sans doute au nom de la vie.

Justement, pour un prof syndiqué de cégep qui étale sa prose une fois par vingt ans dans un journal, la vie, c’est trois mois de vacances, une assurance collective et un fonds de pension payé en majorité par les contribuables. 

Mais avez-vous une idée de ce qu’est la vie dans un quartier pauvre de Guadalajara, de Mexico, de Philadelphie, de Bogota, d’Almaty, au Kazakhstan, ou de São Paulo, au Brésil ? 

Et je ne parle pas du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de la Tchétchénie ou de Bangkok.

La vie dans ces quartiers est un combat quotidien. Et des gants prêtés par un gym local peuvent permettre de rêver.

Rêver de s’offrir une passion, une renommée locale, une gloire nationale, une fierté malgré la misère. Et peut-être, en prime, de payer une petite maison à la famille. Et de voyager aux frais d’un promoteur même s’il abuse d’eux. Mais quand t’as rien, tout devient un cadeau.

D’autres, comme Kim Clavel, Jean Pascal, Marie-Ève Dicaire et la plupart des boxeurs québécois, ont choisi la boxe par passion plus que par obligation. Par amour d’un sport qui fournit de grandes émotions.  

On pourrait bannir la boxe au Québec. Va-t-on aller dire au Mexique comment traiter ses athlètes ? Et aux Russes ? Aux Suédois ? Aux Américains ? Aux Brésiliens et aux Argentins ?

Tout ce que ça va donner, ce sont des gars et des filles du Québec qui auront appris à aimer et à maîtriser la boxe olympique qui iront se battre dans des conditions plus dangereuses ailleurs dans le monde et qui mettront leur santé en péril dans des galas clandestins organisés par la mafia et le crime organisé.

Pourquoi pensez-vous que vous avez Loto-Québec, la SAQ et l’industrie légalisée du pot ? Parce que le gouvernement aime mieux contrôler les vices sociaux et empocher le cash au lieu de le laisser à la mafia. Une cure de désintoxication coûte moins cher que la police. 

LUCIAN BUTE, DAVID LEMIEUX

La boxe est un sport dangereux. Surtout que les grandes fédérations internationales comme la WBC ou la WBA sont loin d’être à l’abri de reproches.

Il peut se produire une tragédie. Et il faut tenter l’impossible pour contrôler l’environnement des boxeurs et diminuer les risques.

Mais elle a permis à Lucian Bute de vivre pleinement une passion et de s’établir avec sa petite famille au Québec et de mener une vie pour le moins confortable. 

Et j’étais avec David Lemieux et Jennifer Abel la semaine dernière. Un couple magnifique. Je jasais avec Simon Kean, qui rêve d’un petit rôle dans District 31. Je prenais des nouvelles de Steven Butler. On commence un livre sur Kim Clavel pour raconter aux jeunes un parcours inspirant.

La vie est une prise de risques. Sinon, il faut se confiner, enfermé dans un trois et demie, sans voir ni serrer personne dans ses bras.

La misère dans certains quartiers, c’est un confinement sans fin et sans issue. 

Parfois, même si c’est injuste, le seul espoir, c’est la boxe...