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On ne se bouscule pas pour les détecteurs de qualité de l’air

À peine six entreprises veulent fournir les écoles, dont certaines inexpérimentées

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Assek Technologie de la région de Québec est l’un des plus gros soumissionnaires pour les détecteurs.

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L’imposant contrat de plus de 70 millions $ pour doter d’urgence toutes les classes du Québec de détecteurs de qualité de l’air est loin d’attirer les entreprises. À peine six ont répondu à l’appel d’offres du gouvernement, dont quatre qui ont une expérience limitée dans le domaine.

• À lire aussi: Les restrictions liées à la COVID-19 à l’origine d’une amélioration passagère de la qualité de l’air

Lancé à la mi-juin, l’appel d’offres prévoit la livraison d’ici Noël de 90 000 appareils destinés à mesurer les niveaux de dioxyde de carbone (CO2) dans les classes et les locaux des écoles du Québec afin d’aider à réduire la propagation de la COVID-19.

Québec doit annoncer dans les prochains jours quelles seront les entreprises retenues pour le mégacontrat, qui a été scindé en cinq lots.

Selon les constatations de notre Bureau d’enquête, quatre des soumissionnaires ont peu d’expérience dans l’exécution de contrats clé en main dans le domaine des capteurs. En outre, il s’agit d’entreprises de petite taille, qui ne comptent souvent seulement que quelques employés.

C’est le cas de la compagnie Pilot Things de Montréal, dont le compte LinkedIn indique qu’elle comporte quatre employés, y compris son dirigeant, Eric Szymkowiak. L’adresse de la compagnie, fondée il y a trois ans à peine, est celle d’un condo sur l’avenue Christophe-Colomb.

Certaines entreprises sont de petite taille, comme Pilot Thing, dont l’adresse est celle d’un condo, à Montréal.
Photo Jules Richer
Certaines entreprises sont de petite taille, comme Pilot Thing, dont l’adresse est celle d’un condo, à Montréal.

Processus toujours en cours

Contacté par notre Bureau d’enquête, M. Szymkowiak a préféré ne pas répondre à nos questions, en affirmant qu’il souhaitait attendre que les contrats soient accordés avant de faire des commentaires.

« La procédure d’attribution du marché est toujours en cours. Je ne peux donc pas vous parler pour le moment », a-t-il dit.

Pilot Things offre des outils informatiques pour la gestion à distance des capteurs, mais ne propose pas directement des capteurs. 

Elle a, par exemple, obtenu des contrats avec les villes de Trois-Rivières et de Repentigny en leur fournissant une plateforme de contrôle des capteurs, selon ce que rapportait La Presse.

Pilot Things a soumissionné sur un seul des cinq contrats des écoles, soit celui pour les établissements privés. Ce contrat prévoit l’achat de 9171 appareils et Pilot Things a produit la soumission la plus basse, avec un prix de 6,8 millions $.

Capteurs pour le secteur agricole

Parmi les autres entreprises comptant peu d’employés, on retrouve Nova Biomatique, qui occupe des petits bureaux à La Pocatière, dans l’est du Québec. Son compte LinkedIn recense quatre employés principaux. Son site web indique qu’elle se spécialise dans la gestion de capteurs pour le secteur agricole. 

Il a été impossible d’obtenir des commentaires de ses dirigeants.

Nova Biomatique a soumissionné pour le contrat des écoles de l’Est-du-Québec, qui prévoit l’achat de 25 723 appareils. Sa proposition est la plus basse, à 21,7 millions $.

À l’autre bout de l’échelle, on retrouve deux entreprises plus expérimentées. Le géant américain Honeywell en est une.

Il y a aussi la firme Assek Technologie, de la région de Québec, spécialisée dans le nettoyage après sinistre. 

Assek s’intéresse à la mesure à distance du CO2 dans les classes depuis l’année dernière et elle a déjà mené un projet pilote dans une école de l’ouest de Montréal.

Des appareils semblables à celui-ci, proposés par l’entreprise Assek, vont équiper les classes du Québec.
Photo courtoisie
Des appareils semblables à celui-ci, proposés par l’entreprise Assek, vont équiper les classes du Québec.

Des délais serrés à respecter  

Il faudra faire vite pour exécuter les contrats, car les 90 000 appareils devront être livrés dans les écoles entre la mi-septembre et la mi-décembre. 

Il s’agit d’un échéancier exigeant, puisque la fabrication d’appareils électroniques est ralentie actuellement par une pénurie mondiale de puces informatiques. 

En entrevue, le directeur général de la compagnie Assek, Mario Lavoie, a reconnu que la pénurie représentait un défi, mais que son fournisseur d’appareils était prêt à remplir la commande. 

« On a pris les devants avec notre fournisseur », a-t-il souligné. 

Les appareils sélectionnés par Assek sont fabriqués en Chine par la compagnie Milesight, a indiqué M. Lavoie. 

Selon nos informations, les appareils soumis par la compagnie Pilot Things proviendraient, quant à eux, de la compagnie Aranet, basée en Lettonie. Certaines des caractéristiques des appareils d’Aranet ne répondaient pas aux exigences du gouvernement québécois et ont probablement dû être modifiées en conséquence. 

Lancé en urgence

Le projet ambitieux d’équiper toutes les classes et les locaux des écoles avec ces appareils perfectionnés a été lancé en urgence au printemps dernier par le ministère de l’Éducation à la suite des problèmes de fiabilité éprouvés par le programme précédent de tests aléatoires de CO2 dans les classes. 

Outre le CO2, les appareils demandés par Québec doivent mesurer la température et l’humidité de la pièce, et être équipés aussi d’un détecteur de présence. Ils doivent aussi transmettre leurs informations à distance. 

La mesure du CO2 permet d’évaluer la nécessité de procéder à la ventilation des locaux des écoles. Ce gaz n’est pas dangereux en soi (sauf à des concentrations très élevées), mais sa mesure est un indicateur de la qualité de l’air d’un endroit fermé. 


Les plus bas soumissionnaires par lot   

  • Pilot Things, 9171 appareils pour les écoles privées, 6,8 M$  
  • Nova Biomatique, 25 723 appareils pour les écoles de l’Est-du-Québec, 21,7 M$  
  • Honeywell, 9208 appareils avec fil, 2,9 M$  
  • Assek Technologie, 46 041 appareils pour les écoles de Montréal et de l’ouest du Québec, 43,8 M$*    

* seul soumissionnaire

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