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Cimenterie Lafarge: l’affaire syrienne revient hanter les Desmarais

Revers judiciaire pour une firme liée au richissime clan

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Photo d'archives, AFP La cimenterie Lafarge de Jalabiya, dans le nord de la Syrie. Elle a été inaugurée en 2010, peu avant le début de la guerre civile. Elle est au cœur d’une affaire de crimes contre l’humanité. Paul Desmarais Jr a été, de 2008 à 2020, un des administrateurs de Lafarge.

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Un géant du ciment relié à la famille Desmarais qui est soupçonné de financement du terrorisme en Syrie a échoué à faire annuler de possibles accusations de crimes contre l’humanité.

• À lire aussi: La justice française rouvre le débat sur la « complicité de crimes contre l’humanité »

La Cour de cassation, le plus haut tribunal français, a annoncé hier avoir invalidé une décision de 2019 de la Cour d’appel de Paris qui écartait la possibilité de crimes contre l’humanité pour le cimentier français Lafarge.

Ce cimentier, dont le Québécois Paul Desmarais Jr. a été administrateur de 2008 à 2020 et dans lequel Power Corporation détient des intérêts, est au cœur depuis des années d’une enquête en France pour financement allégué du terrorisme.

Complicité possible

L’entreprise a fusionné en 2015 avec le groupe suisse Holcim.

Lafarge aurait notamment payé des groupes armés, dont l’organisation terroriste État islamique, pour continuer d’opérer une cimenterie en Syrie pendant la guerre civile dans les années 2010, selon des articles de presse cités hier par la Cour de cassation. Des bureaux de GBL, un holding des familles Frère et Desmarais, ont été perquisitionnés dans cette affaire en 2017. 

Dans sa décision rendue hier, la justice française a estimé que même sans prendre une part active à des crimes contre l’humanité, une personne ou une entreprise pouvait en être complice en fermant les yeux.

Le tribunal invite donc les enquêteurs à reconsidérer la demande de Lafarge d’écarter la possibilité de complicité de crimes contre l’humanité. 

« Dans cette affaire, le versement en connaissance de cause de plusieurs millions de dollars à une organisation dont l’objet est exclusivement criminel suffit à caractériser la complicité, peu importe que l’intéressé agisse en vue de la poursuite d’une activité commerciale », affirme le tribunal.

« La mise en examen de la société pour financement de terrorisme est confirmée », souligne aussi la Cour de cassation par voie de communiqué.

En 2017, notre Bureau d’enquête avait rapporté qu’un holding des Desmarais détenait 9,4 % des actions de Lafarge, ce qui en faisait le deuxième actionnaire en importance.

« Je vous invite à communiquer directement avec Holcim [...], une société dans laquelle Power Corporation a un intérêt économique indirect et minoritaire de 0,3 % », a réagi Stéphane Lemay, un porte-parole de Power.

« La décision prise aujourd’hui par la Cour de cassation ne présume en aucun cas d’une éventuelle culpabilité de Lafarge SA », a indiqué Holcim à l’Agence France-Presse. 

LE DOSSIER DE LA CIMENTERIE SYRIENNE EN QUELQUES DATES 

2010
Inauguration d’une cimenterie de Lafarge en Syrie 

2014
L’État islamique contrôle le territoire où est l’usine 

2016
Des enquêtes médiatiques rapportent que Lafarge aurait payé des taxes à l’État islamique 

2017
Une enquête judiciaire est ouverte en France 

2021
La Cour de cassation renverse une décision de la Cour d’appel sur la possibilité de complicité de crimes contre l’humanité

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