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Débat: O'Toole a raté son coup

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Photo AFP Avantage pour Justin Trudeau – et non le moindre – pour son rival conservateur, Erin O’Toole, c’est un rendez-vous manqué.

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Après deux mandats comme premier ministre, Justin Trudeau rêvait d’un tour du chapeau coiffé d’une solide majorité de sièges. La remontée modeste des conservateurs d’Erin O’Toole pourrait le priver d’une majorité, mais pas nécessairement d’un retour minoritaire au pouvoir.

Dans la fosse aux lions du dernier débat des chefs en français, diffusé hier soir sur les ondes de Radio-Canada, le chef libéral s’en est possiblement rapproché.

S’il peine toujours à justifier un scrutin dont personne sauf lui ne voulait, Justin Trudeau s’en est tout de même sorti sans égratignure. Les débats des chefs, ne l’oublions pas, quel que soit leur formule, sont tout d’abord du spectacle. 

Avantage néanmoins pour le chef libéral – et non le moindre –, pour son rival conservateur, c’est un rendez-vous manqué. Il est vrai que sa maîtrise un brin robotique du français ne l’aide pas, mais il semblait surtout souvent éteint. 

Son « plan » manquait à nouveau de clarté. Son engagement à abolir le programme national de garde d’enfants promis par M. Trudeau, risque aussi de hérisser bien des électeurs. 

Pour cause. Il priverait de nombreuses familles canadiennes de garderies abordables. Et le Québec de près de 6 milliards de dollars en compensation. Ceci n’est pas un détail. 

Problème de crédibilité

Résultat : l’impression d’un chef dont le discours se veut plus centriste, mais dont le « plan » penche à droite, s’installe. Sa crédibilité, y compris sur l’enjeu des armes à feu, risque d’en prendre pour son rhume.

Sur le front québécois, un échange corsé avec le chef bloquiste Yves-François Blanchet sur l’« ingérence » du fédéral dans les compétences du Québec aura aussi donné lieu à une rare profession de foi « identitaire » de Justin Trudeau.

À M. Blanchet lui demandant pourquoi il dirait « quoi faire » au Québec alors qu’il s’y refuse pour les nations autochtones, la répartie du chef libéral fut sans appel : « Parce que je suis Québécois ! » 

À deux semaines du scrutin, aux yeux de ses propres troupes, la prestation soutenue de M. Trudeau, doublée de celle plus timide de M. O’Toole, pourrait redonner de l’énergie aux libéraux. Ils en auront grand besoin.

Question de l’urne

Car même au sortir du débat, la vraie question de l’urne n’aura pas changé d’un iota : continuer avec le libéral Justin Trudeau ou choisir le conservateur Erin O’Toole pour le remplacer ? 

Yves-François Blanchet, dont la performance fut solide, s’est même offert le plaisir d’y ajouter une sous-question cinglante : « Est-ce qu’il y a un parti majeur ici qui mérite une majorité ? » Touché.

Quant au chef néo-démocrate Jagmeet Singh, plus allumé qu’au Face-à-Face de TVA, le pire danger pour lui demeure dans une lutte serrée entre libéraux et conservateurs, où une partie de ses électeurs pourraient être tentés de se réfugier au PLC. Un grand classique au fédéral, il faut le dire.

Annamie Paul, cheffe du Parti vert, n’avait rien à gagner au Québec. Ça tombe bien. Ce fut en effet le cas. 

Bref, à moins d’un revirement majeur à la suite de l’ultime débat en anglais de ce soir, Justin Trudeau, même si rien n’est joué, pourrait encore remporter son pari de rester au pouvoir. 

Pour sa majorité rêvée, par contre, ce sera probablement une autre histoire...