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Tintin au pays des woke

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On s’indigne avec raison de la décision de brûler des livres pour enfants – dont des Tintin et des Lucky Luke – sous prétexte qu’ils proposent une vision d’une autre époque des autochtones. 

Mais cet événement terrifiant ne tombe pas du ciel. 

Il est une conséquence extrême d’un vaste mouvement qui balaie le monde de l’éducation.

  • Écoutez la chronique de Joseph Facal avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Je pourrais multiplier les exemples : plans de cours expurgés, livres bannis, profils des derniers profs embauchés, autocensure des profs, cadres qui demandent aux profs de se taire, embauche de gestionnaires chargés de traquer la « délinquance » idéologique, thèses et subventions sur des thèmes purement militants, etc. 

Radical

Tout cela porte un nom : le « décolonialisme » : il faut « décoloniser » le savoir, donc les livres, mais aussi le corps professoral, la vie sur les campus, etc.

Essentiellement, la société se diviserait en dominants et dominés, et la recherche académique, disent les « décoloniaux », doit servir à libérer les opprimés et à faire cheminer les oppresseurs.

Au cœur de cette offensive : une arme de destruction massive. On soutient le plus sérieusement du monde que la vérité et l’objectivité n’existent pas.

On ne dit pas qu’elles sont difficiles à atteindre, ce qui est vrai.

On ne dit pas que des travaux qui se prétendent objectifs ne le sont pas toujours, ce qui est vrai.

On dit que tout est relatif, que tout est un point de vue particulier, que le Savoir avec un grand « S » n’est que l’idéologie blanche imposée de force, et que ne pas l’admettre, c’est illustrer nos « préjugés inconscients ».

Pour le dire autrement, le « Savoir » ne serait que le discours justificatif des élites occidentales, colonisatrices, oppressives et systématiquement défavorables aux minorités ethniques, religieuses, sexuelles, etc.

Dans le monde éducatif d’aujourd’hui, il faut un courage certain pour s’opposer à cela, courage facilité par la sécurité d’emploi et la proximité de la retraite.

Les jeunes profs sont souvent des propagateurs zélés de cette idéologie ou, sinon, ils se taisent pour ne pas torpiller leurs carrières. 

Pourquoi les sciences sociales sont-elles particulièrement frappées par ce vent idéologique ?

Parce que l’étudiant qui commence ses études en physique n’a pas trop d’idées préconçues sur le proton ou le neutron, tandis que l’étudiant en sciences sociales a déjà des convictions sur la société ou les autres peuples.

Ce courant de pensée « décolonial » est trop récent pour que, comme les marxistes de jadis, des ex-croyants admettent s’être fourvoyés.

Mais c’est le même schéma de pensée que le marxisme : l’exploiteur de jadis, donc le bourgeois capitaliste, est aujourd’hui remplacé par le Blanc, mâle, hétérosexuel – pardon, « cisgenre ». 

Imaginez

Du délire intellectuel en vase clos ? Pas du tout. 

Au-delà des livres brûlés et des carrières brisées, imaginez une société entièrement construite sur cette double idée que tout n’est que combat égoïste pour sa classe, son sexe, son ethnie, et que la vérité n’existe pas. 

Cette société ne serait que rage, ressentiments, frustrations, conflits. 

Mais n’y sommes-nous pas déjà, me direz-vous ?