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11 septembre, un autre Jour du souvenir

Photo d'archives prise le 1er février 1973 du président chilien Salvador Allende.
AFP Photo d'archives prise le 1er février 1973 du président chilien Salvador Allende.

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Le 11 septembre devrait être, dans le grand calendrier de l’humanité, consacré au souvenir. Se souvenir du coup d’État meurtrier contre le gouvernement légitime du président Salvador Allende, au Chili, le 11 septembre 1973, il y a 48 ans, orchestré avec l’appui de la CIA. Pour la première fois en Amérique latine, un parti de gauche, l’Unité populaire, réussissait à prendre le pouvoir et à former un gouvernement, au terme d’élections générales. Le coup d’État, survenu trois ans plus tard, fera des milliers de victimes, forcera à l’exil des milliers de Chiliens et soumettra le pays à une dictature militaire impitoyable pendant dix-sept ans, soit jusqu’en 1990.

Se souvenir également du 11 septembre 2001, il y a vingt ans, alors que les tours jumelles de New York furent attaquées par des moudjahidines afghans, créés et entraînés par la CIA pour combattre les Soviétiques en Afghanistan et son gouvernement socialiste au pouvoir depuis 1978. Ce gouvernement révolutionnaire avait transformé le pays de fond en comble, au grand dam des États-Unis qui voyait leur influence fondre comme neige au soleil. Entre autres mesures, le nouveau gouvernement interdisait la culture de l’opium, la matière première qui sert à fabriquer l’héroïne, dont le premier consommateur mondial est les États-Unis, redistribuait la terre aux paysans sans terre, décrétait une baisse des prix des produits de première nécessité et, surtout, créait le Conseil des femmes afghanes, qui entendait garantir l’égalité des droits entre femmes et hommes et interdire le mariage forcé et l’obligation de la burka. Une véritable évolution dans cette partie du monde.

Dès 1979, Washington, à travers la CIA, son département des sales besognes, encouragea, à coups de millions de dollars, le fondamentalisme islamiste pour combattre le gouvernement socialiste afghan, entraînant l’Union soviétique dans une guerre qui durerait dix ans et qui lui serait fatale. Henry Kissinger, alors secrétaire d’État de la Maison-Blanche, avait alors déclaré qu’il voulait que l’Union soviétique connaisse, elle aussi, son Vietnam. C’en fut finit de la révolution afghane et le pays retourna en arrière. Zbigniew Brzezinski, le cerveau de l’extrême droite étatsunienne, pouvait être fier : « Quelques fanatiques religieux, ce n’est rien si on a finalement réussi à vaincre l’Union soviétique », déclara-t-il, triomphant.

Spécialité : bombarder depuis la mer ou du haut des airs

Il est bon de rappeler, à l’approche du 11 septembre, que les États-Unis sont passés maître dans l’art de bombarder de loin.

Le port de Veracruz, au Mexique, fut bombardé une première fois en 1847 par la marine étatsunienne, puis à plusieurs reprises jusqu’en 1914. En 1856, la ville de San Juan del Norte, au Nicaragua, reçut une pluie de bombes depuis la mer parce que les États-Unis voulaient obtenir la libération d’un capitaine de leur armée accusé d’avoir tué un pêcheur. En 1898, une autre pluie de bombes s’abattit sur la capitale portoricaine que les États-Unis voulaient « libérer ». Plus de cent ans plus tard, les Portoricains attendent toujours leur libération. En 1927, la ville d’Ocotal, au Nicaragua, connut un triste record : le premier bombardement aérien de l’histoire. Les États-Unis voulaient libérer des soldats qui avaient été faits prisonniers par le général Augusto Sandino qui dirigeait la guerre contre les forces d’occupation des États-Unis au Nicaragua.

Quelques années plus tard, les États-Unis largueraient sur Hiroshima et Nagasaki leurs bombes atomiques qui feraient plus de 250 000 victimes innocentes. Mais quelques semaines auparavant, ce même pays avait bombardé du haut des airs les villes japonaises de Nagoya, Osaka, Yokohama et Kobe, tuant en une seule nuit 100 000 civils. Le 10 mars 1945, trois cents bombardiers étatsuniens larguèrent sur la capitale nippone, Tokyo, des milliers de bombes entre 1h30 et 3h du matin, tuant 100 000 autres innocents et blessant un million de personnes, dont des femmes et des enfants. On parla peu de ces massacres, qui furent éclipsés par l’horreur des bombes atomiques. Quelque temps plus tard, vingt pourcent de la population de la Corée du Nord allait périr sous les bombes étatsuniennes, sans que personne ne se scandalise. Puis des années plus tard, ce sera au tour du Vietnam de subir la même médecine, recevant, entre 1969 et 1975, plus de bombes que ce que reçurent le Japon et l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Puis suivraient l’Irak, la Syrie, le Yémen, l’Afghanistan...

L’horreur continue. Entre 22 000 et 48 000 civils innocents seraient morts sous les bombes étatsuniennes depuis le 11 septembre 2001.