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Crise climatique: des chiffres en l'air

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Quel moment ridicule durant les débats électoraux ! Les chefs qui se relancent sur les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La surenchère a de quoi provoquer un fou rire. 

Les conservateurs promettent 30 % de réduction, les libéraux font mieux à 40 %. 

Le Bloc (qui ne gouvernera jamais) et le NPD (dont les promesses ne sont pas chiffrées) promettent une réduction de 50 %.

Dans un encan, le crieur demanderait « Qui dit mieux ? » Le Parti vert ! Une réduction de 60 %. 

Cette surenchère discrédite un travail sérieux sur les changements climatiques.

Jamais atteintes

Premièrement, comment lancer en l’air des cibles aussi énormes lorsque nous savons que le Canada n’a jamais respecté ses cibles dans le passé ? À plusieurs reprises, nos émissions ont même augmenté !

Il y a une limite à vivre dans ses lubies. Les chefs parlent de l’atteinte de cibles à l’avenir comme si c’était un jeu d’enfants. Le Canada en arrache pour réduire les émissions de 1 % et tout à coup, en campagne électorale, on pourrait les réduire de moitié sans faire de sacrifices.

Jusqu’ici, un seul type d’événement peut être associé à des années de baisse des émissions. Ce ne sont pas des actions des gouvernements, ce sont les récessions économiques. Lorsque l’économie pique du nez, que les usines ferment et que le transport de marchandises ralentit, nos émissions baissent. 

Décroissance

Deuxièmement, personne n’ose même s’avancer sur les changements en profondeur dans nos vies qui seraient nécessaires pour s’approcher de semblables objectifs dits ambitieux. Des sacrifices, des abandons d’activités, de voyages. Des pertes d’emplois par dizaines de milliers aussi. 

On nous dira que les énergies renouvelables créeront de nouveaux emplois, et c’est vrai. Mais réduire les émissions de 50 % ou 60 % en neuf ans représente un choc radical. Faire croire que la transition entre emplois nouveaux et emplois perdus se fera sans heurts relève du pur mensonge.

On parle d’une décroissance, d’une hausse du coût de la vie et d’une baisse des revenus. Un appauvrissement qui fera mal à plusieurs ménages et dont tous font abstraction.

Nos chefs de partis ne mentionnent jamais un seul sacrifice. La pandémie nous a fourni une idée de ce que représente l’atteinte de cibles hautement « ambitieuses ». Souvenez-vous que lorsque tout était paralysé, nous avions considérablement amélioré notre bilan. 

Tout le monde confiné à la maison, pas de voyages, presque pas de loisirs, pas de visites aux amis ou à la famille, on imagine bien que notre bilan d’émissions a dû s’améliorer. Or, à ce moment, les experts nous disaient que ce n’était pas encore assez. Pas assez.

En vérité, ce sont la science et la technologie qui vont nous aider. Plus que la politique.

En attendant, je suis à la recherche de politiciens qui vont m’énoncer des changements concrets en des termes honnêtes. Dorénavant, je serai plus à l’écoute du politicien qui me décrira une mesure précise qui réduira nos émissions de 2 % que des prestidigitateurs à coup de 50 %.