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Oui, M. Blanchet, elle est discriminatoire, la loi 21

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet
PHOTO POOL JUSTIN TANG/ THE CANADIAN PRESS Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet

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Le débat en anglais organisé par le consortium a été pour les chefs des partis fédéraux l’ultime occasion de se distinguer, tantôt en attaquant leurs adversaires, tantôt en présentant leur vision du Canada, lorsqu’ils en avaient une.

Le ton n'était clairement pas le même que lors des deux débats en français. Déjà, les premières questions qui ont été posées aux chefs, notamment à Yves-François Blanchet, donnaient le ton et laissaient présager 120 minutes prometteuses côté spectacle.

Je comprends que le Bloc et M. Blanchet vont vouloir utiliser la question qui a été posée en début de débat, concernant le caractère discriminatoire de la loi 21, comme exemple et preuve du «Québec bashing». C’est de bonne guerre, mais, malheureusement, pas tout à fait juste.

Ça serait tout un raccourci. La vérité, c’est que la loi 21 est discriminatoire, et prétendre le contraire serait malhonnête. L’utilisation même de la clause dérogatoire, par le gouvernement, pour protéger les dispositions de la loi des constatations juridiques, en est la preuve. Autrement, pourquoi vouloir soustraire cette loi non seulement à la Charte canadienne des droits et libertés, mais également à la Charte québécoise des droits de la personne (votée et adoptée au Québec, par des Québécois, à l’Assemblée nationale)?

On a beau déchirer notre chemise collectivement sur le ton adopté par la modératrice en posant sa question, la vérité, c’est que le juge Blanchard l’a écrit noir sur blanc: cette loi porte atteinte à des droits fondamentaux.

Autre chose, contester et exprimer son opposition à cette loi n’est pas un jugement de valeur envers nous, les Québécois, notre tolérance et notre ouverture. Il s’agit plutôt d’un jugement sur l’instrumentalisation organisée d’une pseudo-crainte et d’un traumatisme historique pour retirer des droits à des minorités.

Puisque M. Blanchet s’autoproclame défenseur en chef des intérêts du Québec et des Québécois, il est important de lui rappeler que plusieurs Québécois sont en désaccord avec cette loi liberticide et, oui... discriminatoire, et qu’il ne pourra leur reprocher de mépriser le Québec. Parce que le Québec, c’est aussi eux!

Il n’en fallait pas plus pour que tous montent aux barricades et crient à l’injure! Voyons donc! Comment ose-t-on dire que le Québec adopte des lois discriminatoires? C’est parce qu’on ne nous aime pas! Ça suffit, le Québec bashing! Lançons une pétition! Réclamons des excuses et, tant qu’à y être, pourquoi pas, demandons aux juges de la Cour suprême de s’engager à ne pas entendre un potentiel appel.

Et comment le Canada anglais (comme si c’était un bloc monolithique) ose-t-il nous «insulter» de la sorte, comment peut-il s’ingérer dans nos décisions? Ce n’est pas comme si on disait aux Québécois quoi faire avec leur vote le 20 septembre prochain!

Vous l’aurez compris, je suis sarcastique.

Mais ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle. Cette histoire va trop loin. Après tout, on est dans une démocratie où on a encore le droit d’avoir des opinions sur les décisions gouvernementales. Dommage qu’on ait à le rappeler.