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11 septembre: ce que j'ai appris

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Il y a exactement vingt ans, jour pour jour, l’attaque terroriste la plus sophistiquée de l’ère moderne tua 2977 personnes et détruisit les tours jumelles du World Trade Center.

Essayons de voir ce que l’événement et ses suites nous ont appris ou confirmé. 

Voici ma réponse très personnelle.

Cet événement et ses suites m’ont ouvert les yeux sur cinq points.

Premièrement, souvenez-vous du climat euphorique qui régnait au début des années 1990, après l’effondrement de l’empire soviétique.

On pensait naïvement que les valeurs occidentales s’imposeraient partout. Qui serait assez bête pour ne pas vouloir vivre comme nous ?

Il y avait certes des islamistes violents avant le 11 septembre 2001, mais ce jour nous a confirmé qu’il existait des gens qui détestaient la civilisation occidentale au point de lui déclarer la guerre.

Ils ne la détestent pas nécessairement pour ce qu’elle leur a fait – bien que nous ne soyons pas sans torts -, mais pour ce qu’elle est, pour ses valeurs fondamentales.

Deuxièmement, nous avons appris à mieux connaître la nature complexe et multiforme du terrorisme islamiste.

Les sociétés arabo-musulmanes sont des échecs sur à peu près tous les plans. Elles ont raté leur rendez-vous avec la modernité, d’où la frustration de beaucoup de leurs jeunes.

Mais derrière ces jeunes frustrés et déboussolés, en quête de sens, il y a des opérateurs instruits, subtils, qui les manipulent, et qui sont de mèche avec des régimes politiques.

Troisièmement, l’émotion est très mauvaise conseillère. Elle vous fait prendre de mauvaises décisions.

Allez regarder sur Netflix l’excellent documentaire Turning Point sur le 11 Septembre et ses suites.

Enragés, Bush et son entourage voulurent riposter. Il le fallait évidemment. Mais dans ce climat enfiévré, ils s’engagèrent dans deux guerres absurdes et futiles en Afghanistan et en Irak.

Décapiter Al-Qaeda ? Bien sûr. 

Mais importer la démocratie à l’occidentale dans des sociétés qui ne l’ont jamais connue, qui n’ont aucune des conditions de base qui la rendent possible, et dans lesquelles beaucoup de gens n’en veulent carrément pas, s’est avéré une funeste utopie.

Quatrièmement, les terroristes ont des motivations diverses, mais le fanatisme religieux est l’une des principales.

Or, pendant des siècles, beaucoup ont cru que le sentiment religieux était une sorte de reliquat préscientifique qui déclinerait avec le temps. 

Non, beaucoup de gens ne peuvent s’en passer, et certains considèrent que leur foi est importante au point de justifier le pire.

Cinquièmement, les théories conspirationnistes existaient certes avant le 11 Septembre. 

Mais le 11 Septembre et les théories loufoques qu’il a fait naître ont donné le mode d’emploi aux complotistes d’après. 

Faites des vidéos avec de pseudo-explications alternatives... et la puissance des réseaux sociaux et la crédulité feront le reste.

La population est peut-être plus diplômée que jadis, mais pas davantage éduquée, car l’éducation, la vraie, donne du jugement.

Oui, il y a des complots, mais tout ne s’explique pas par des complots et, non, les autorités ne mentent pas systématiquement.