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Jody Wilson-Raybould tend un piège à Trudeau

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Jody Wilson-Raybould a tendu un piège à Justin Trudeau. À une semaine et deux jours de l’élection fédérale, l’ancienne ministre de la Justice affirme que le premier ministre lui aurait demandé de mentir dans l’affaire SNC-Lavalin afin d’étouffer le scandale qui allait ébranler le gouvernement libéral en 2019. Elle a aussi rapporté avoir vécu de l’«ingérence» dans le processus de nomination des juges. 

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Le «Globe & Mail» a publié samedi matin un extrait du livre à venir, mardi prochain, de Mme Wilson-Raybould, qui revient en long et en large sur son passage mouvementé en politique fédérale.

L’extrait en question rapporte une confrontation sur deux jours entre Jody Wilson-Raybould et Justin Trudeau avant que le scandale SNC-Lavalin ne soit rendu public et que le premier ministre tente de calmer le jeu.

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Le cabinet du premier ministre et Justin Trudeau lui-même auraient alors exercé de la pression sur la ministre afin qu’elle négocie avec le Service des poursuites pénales du Canada (SPPC) pour conclure un accord de poursuite suspendue avec SNC-Lavalin, qui était accusée de fraude et de corruption.

«Il n’y a aucun doute dans mon esprit que le premier ministre savait qu'il y avait des tentatives de pression sur moi afin d’éviter une poursuite criminelle contre SNC-Lavalin, et bien que ces tentatives aient échoué, heureusement, elles étaient mauvaises et il le savait. Plutôt que de simplement aborder la question publiquement et avec précision, le gouvernement a envoyé des exécutants - le nouveau procureur général, David Lametti ; Marco Mendicino ; Arif Virani - pour faire des déclarations dont les faits démontrent qu’elles ne sont pas exactes ou justes. Je lui ai dit qu'il devait dire la vérité aux Canadiens», écrit Mme Wilson-Raybould.

Plus loin, elle rapporte un deuxième échange dans un hôtel vancouvérois au cours duquel elle a «su» ce que lui demandait le premier ministre: «À ce moment-là, j'ai su qu'il voulait que je mente – pour attester que ce qui s'était passé n'avait pas eu lieu. Pour moi, c'était une preuve de plus qu'il ne me connaissait pas, qu'il ne savait pas qui j'étais ni d'où je venais. Moi – mentir pour protéger un gouvernement de la Couronne qui agit mal ; un parti politique ; un chef qui n'assume pas ses responsabilités. Il se fait des illusions», lance-t-elle.

Il faut souligner que M. Trudeau n’a jamais demandé textuellement à son ancienne ministre de mentir, mais que cela aurait plutôt été exprimé sous forme de sous-entendu, comprend-on l’exposé des faits publié samedi.

De fausses allégations, dit Trudeau

En campagne à Mississauga samedi matin, Justin Trudeau a démenti la version des faits de l’ancienne ministre de la Justice.

«Ces allégations sont fausses. Ce n’est pas quelque chose que j’ai fait ou que je ferais. Je pense que les gens savent qu’on a discuté longuement au cours des deux dernières années de tous ces enjeux, ça a été discuté et étudié longuement, même avant la dernière élection», a-t-il déclaré.

Il a ajouté qu’après six ans au pouvoir, «c’est sûr qu’on finit par accumuler le poids de certaines décisions, de certaines réalités», que c’est ce qui arrive quand on veut faire «de grandes choses».

La firme québécoise de génie-conseil avait finalement été condamnée, en décembre 2019, à payer 280 millions $ après avoir plaidé coupable pour fraude, mais avait évité la condamnation sur le chef de corruption lié au gouvernement de la Libye. Cette décision capitale avait permis à l’entreprise de continuer à obtenir des contrats publics, et le jour même, l’entreprise avait vu son titre exploser de 25 % à la bourse.

Qui plus est, la condamnation ne visait que la filiale de SNC-Lavalin Construction, les accusations envers Groupe SNC-Lavalin et SNC-Lavalin international ayant été abandonnées par les procureurs fédéraux.

La nomination des juges, autre sujet chaud

Dans son livre, «"Indian" in the Cabinet: Speaking Truth to Power», Jody Wilson-Raybould rapporte avoir vécu de l’«ingérence» lorsqu’il en venait au processus de nomination des juges.

Elle affirme notamment que le bureau du premier ministre lui demandait qu’elle leur fournisse ses listes détaillées contenant les profils de juges suggérés ainsi que tous les détails relatifs au processus en place.

«Parfois, le cabinet du premier ministre, parfois des ministres, des députés ou des libéraux influents me contactait pour tenter de faire avancer une nomination en particulier. Cela se produisait même lorsqu'une personne n'avait pas été recommandée par notre processus d'examen approfondi. Bien sûr, une autre façon d'influencer les nominations était simplement de les retarder», décrit-elle.

«Aucune de ces tentatives d'influence n'a fonctionné ou n'a eu d'impact sur mes nominations», a-t-elle toutefois ajouté.

Le Bureau d’enquête a révélé, vendredi, que la ministre du Revenu, Diane Lebouthillier, aurait exercé de la pression pour que soit nommé à la Cour supérieure Damien St-Onge, un associé du contributeur et organisateur de la campagne de Mme Lebouthillier en 2015.

Mme Wilson-Raybould se rappelle aussi avoir voulu annuler sa présence à une collecte de fonds qui avait lieu dans un grand cabinet d’avocat à Toronto, Torys, car elle a appris que plusieurs candidats à la magistrature allaient y assister, «et aussi en raison de certaines attentes du parti concernant le soutien de donateurs et d'alliés importants».

«Le cabinet du premier ministre m'a essentiellement ordonné d'y assister», soutient-elle.

Les oppositions se frottent les mains

«Les Canadiens ne croient plus Justin Trudeau», a lancé Erin O’Toole, selon qui le premier ministre sortant dirige le gouvernement le plus «corrompu de l’histoire».

«J’ai beaucoup de respect pour madame Wilson-Raybould, et je crois que son départ de la politique est un autre signe que Justin Trudeau a constamment déçu les gens et qu’il se présente sous un faux jour», a-t-il déclaré en marge d’une annonce.

Coïncidence ou pas, le chef conservateur faisait campagne samedi dans la circonscription de Whitby, anciennement occupée par la libérale Celina Caesar-Chavannes, «encore une autre femme qui a démissionné de l’équipe de Justin Trudeau à cause de son comportement et son style de leadership».

Celle-ci avait imité Mme Wilson-Raybould en quittant le caucus libéral dans la foulée de l’affaire SNC-Lavalin.

Pour Jagmeet Singh, les détails de cette histoire n’ont «rien de surprenant» puisque c’est ce qu’a «toujours dit» l’ancienne ministre libérale.

Il s’agit, selon le chef du NPD, d’un autre exemple de la «tendance» de Justin Trudeau à «mettre à la porte des femmes fortes de son cabinet».

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