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Là où son rêve a commencé

GEN - INAUGURATION AUDITORIUM DE VERDUN
Photo Martin Alarie Denis Savard a revisité son adolescence à son retour à Verdun, hier.

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Denis Savard a été saisi d’une grosse bouffée d’émotion à son arrivée à l’Auditorium de Verdun, hier. Le film de sa jeunesse s’est mis à défiler dans sa tête. Il a pensé à ses regrettés parents, à ses deux frères André et Luc, au trio des trois Denis qu’il formait avec Denis Tremblay et Denis Cyr dans le hockey mineur, puis avec le Junior de Montréal, et à un tas d’autres souvenirs.

L’Annexe Denis-Savard, qui est attenante à l’Auditorium, a été rebaptisée Espace Denis-Savard.

Depuis hier aussi, la patinoire de l’Auditorium s’appelle Espace Scotty Bowman.

Pourquoi espace ?

Parce que c’est tendance, a expliqué le maire de l’arrondissement de Verdun, Jean-François Parenteau.

La mairesse ne s’est pas trompée  

Plein de personnalités étaient présentes pour rendre hommage à Bowman et à Savard, qui ont accepté l’honneur qui leur a été fait avec joie et modestie.

Le monde politique était représenté par la mairesse Valérie Plante, qui n’a pas fait de lapsus dans son discours cette fois, le ministre de la Justice, le Procureur général du Canada et le député de LaSalle-Émard-Verdun Dave Lametti, et Jean-François Parenteau.

Le Canadien avait délégué Yvan Cournoyer, Réjean Houle et Yvon Lambert, qui ont joué sous les ordres de Bowman. 

Il y avait aussi Danièle Sauvageau, qui dirige le Centre de haute performance des Canadiennes installé à l’Auditorium, Pierre McGuire, grand ami de Bowman qui a été nommé directeur du développement des joueurs, l’ancien du Canadien Normand Baron et son père, un gracieux monsieur de 91 ans qui a été un des premiers entraîneurs de Savard au hockey mineur, et Denis Tremblay, que Savard a désigné par son surnom Le Grand pendant son allocution.

Tous du bon monde.

La bonne idée d’Aldo

Jamais un trio n’a fait vibrer autant une ville que celui des trois Denis, tous nés le 4 février 1961. C’était comme s’ils avaient été conçus pour jouer ensemble.

« Savy était celui qui captait le plus d’attention en raison de son style spectaculaire, m’a raconté Tremblay.

« Mais on ne se jalousait pas. On se complétait bien. Aldo Giampaolo avait appliqué une règle du hockey en réunissant un joueur qui allait chercher la rondelle dans les coins et qui se plaçait devant le filet (Tremblay), un fabricant de jeu (Savard) et un scoreur (Cyr).

« Dans le junior, on attirait entre 1000 et 2000 spectateurs de plus que la moyenne partout où on passait. »

Avoir su qu’il deviendrait plus tard le gérant de Céline Dion, Aldo aurait pu négocier une cote pour ses trois anciens protégés. Mais les choses ne fonctionnaient pas ainsi dans le temps.

Les joueurs n’avaient pas un mot à dire. Tout ce qu’ils devaient faire, c’était jouer et ils avaient intérêt à bien faire le travail. Mais ils étaient heureux sur une patinoire.

Souvenirs impérissables

Savard avait un talent inné. Il patinait à vive allure, virevoltait dans tous les sens. Il était déjà une vedette quand les amateurs verdunois l’appelaient le p’tit Savard.

Ça ne s’oublie pas, ces choses-là.

« C’est ici que mon rêve a commencé, a dit Savard.

« Les rénovations sont vraiment une belle réussite. L’Auditorium a retrouvé sa façade de briques. Les bancs de bois ont été restaurés.

« C’est beau de voir ça ! C’est imbattable. C’est le fun quand on peut faire du beau avec du vieux. Des gens disent qu’on devrait se débarrasser du
Wrigley Field à Chicago. Ça n’a pas de sens, voyons donc !

« J’aurais aimé que les Blackhawks conservent le Chicago Stadium pour y présenter une dizaine de matchs par année contre le Canadien, Boston et les autres équipes originales. »

Le Stadium était l’amphithéâtre le plus bruyant et le plus intimidant de la Ligue nationale de hockey. Serge Savard disait toujours que si un joueur n’était pas motivé pour y jouer, il devrait faire autre chose dans la vie.

Le Stadium était une scène parfaite pour le p’tit Denis de Verdun. Il s’était fait la main à l’Auditorium. 

Scotty, l’historien 

Scotty Bowman n’est pas juste versé en hockey. Il a servi un cours d’histoire sur le Verdun des années 1930 à 1950 aux convives présents à l’Auditorium de Verdun, hier après-midi.

Les politiciens sur place étaient visiblement impressionnés, ainsi que notre célèbre chroniqueur Gilles Proulx, lui-même un fils de Verdun et grand féru d’histoire.

Le père de Bowman, Jake, qui était parti de l’Écosse pour s’établir au Canada, a participé à la construction de l’Auditorium, en 1939.

Dépanneur Savard

Comme Bowman la veille, Denis Savard m’a parlé de sa jeunesse à Verdun. Lui aussi a bonne mémoire.

« Notre famille a vécu au 738 de la 2e Avenue, puis au 4050 de l’Avenue Verdun. On habitait au deuxième étage et mes parents opéraient un dépanneur en dessous. »

Ses parents sont décédés jeunes.

Son père est parti en 1981 alors qu’il en était au début de sa carrière professionnelle à Chicago et sa mère, en 1987.

Qui es-tu, toé ?

Savard retournait passer ses étés à Verdun pendant toutes ces années. 

À peu près au même moment où sa mère est décédée, celle qui allait devenir sa conjointe, Mona, entrait dans sa vie. 

Il passe encore par Verdun quand il vient à Montréal.

« Il y a quelques années, j’ai reconnu une madame qui habitait de l’autre côté de la rue où nous demeurions, a-t-il raconté.

« Je lui ai lancé : Hé ! madame Harvey ! Elle m’a répondu : Je ne te connais pas, toé. Je lui ai dit qu’elle me reconnaîtrait en entendant mon nom. 

« Tout le monde est descendu sur le trottoir pour me parler. »

C’était dans le temps où les joueurs de hockey ne se cachaient pas pour éviter le public.