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Paiement par versements: au tour de Desjardins

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Illustration Adobe Stock

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Ce serait exagéré de prétendre que je vous livre un scoop ce matin, la nouvelle a été annoncée dans un communiqué de presse diffusé en plein cœur de l’été : d’ici quelques semaines, les clients de Desjardins pourront régler leurs achats chez certains commerçants en payant par versements, à l’aide de leur carte Visa.

« Le paiement par versements, n’est-ce pas ce qu’on nous propose depuis des lustres dans les magasins d’électroménagers ? » demanderez-vous.

Oui, mais il est question d’autre chose ici, de la fine pointe des tendances en commerce de détail : la possibilité de payer en quatre versements une babiole à 100 piastres, sans intérêt. Chaussures, jeans, vélo, cellulaires, ordinateurs... de la plus insignifiante à la plus douloureuse facture, elles pourront toutes être fractionnées en petits morceaux étalés dans le temps.

C’est le gros truc actuellement. Selon le magazine Forbes, les Américains auront consommé pour 100 G$ de biens de toutes sortes avec l’aide de ce nouveau mode de paiement. On ne serait qu’au début de la vague.

Et elle gicle jusqu’ici. Les Québécois adoptent peu à peu le système, et la tendance va s’accélérer avec Desjardins qui plonge.

Mais comment ça marche ?

Le concept se nomme « Buy Now, Pay Later » (BNPL – acheter maintenant payer plus tard). Il a été popularisé par des fintechs, ces sociétés émergentes au croisement des technologies et de la finance : Afterpay, Klarna, Affirm, Quadplay...

Ces dernières nouent des partenariats avec des chaînes de commerce de détail, et celles-ci payent en retour pour pouvoir offrir ce mode de financement. Les commerçants connaissent la chanson, ils doivent déjà casquer pour utiliser le système de cartes de crédit.

Amazon s’est associée à Affirm, une alliance qui permettra sous peu aux clients du commerçant en ligne d’étaler une facture de... 50 $. Chez Apple, au lieu de débourser 1400 $ d’un coup pour un iPhone, on peut depuis quelque temps l’acheter directement du fabricant pour 59 $ par mois durant deux ans, encore une fois grâce à PayBright, de la société Affirm.

PayPal offre aussi cette possibilité à même sa plateforme, tout comme Square qui a acheté AfterPay.

Desjardins et Visa

Ces initiatives empiètent sur le terrain des émetteurs de cartes de crédit et des banques, alors on ne se surprend pas de voir Visa riposter. L’entreprise s’est associée avec Global Payments pour offrir une solution semblable aux détenteurs de carte Visa, et ce sont les clients de Desjardins qui seront les premiers à pouvoir tester ce mode de financement, d’ici quelques semaines.

Selon la coopérative, le paiement à tempérament sera possible avec les achats de 200 $ et plus chez les commerçants qui adhèrent au système (c’est le travail de Visa de recruter les marchands). Quand un client réglera sa facture avec sa carte de crédit, le terminal lui offrira automatiquement l’option de payer par versements, qui seront plus tard débités sur la carte, sans intérêt. Une fois qu’un paiement apparaîtra sur le relevé, il s’ajoutera au solde de la carte de crédit.

Une vague passagère ?

Je vais vous faire un aveu, je n’ai pas le don pour flairer les innovations qui vont s’imposer. Quand j’ai vu cette proposition pour la première fois dans une boutique de vêtements, il y a deux ans, j’ai cru à un canular. « Qui va payer son linge à tempérament ? C’est donc ben cave ! » Je m’étais dit la même chose quand sont arrivés le réseau d’auto-partage Car2go et Spotify, le service musical par abonnement.

Maintenant, je pourrais bien revêtir ma soutane de curé et vous faire un sermon. Seulement, je serai sans doute moi-même tenté d’y recourir pour l’achat de mon prochain téléphone ou d’un vélo, comme je me suis converti à la musique par abonnement et à l’autopartage.

Comme avec le crédit traditionnel, le paiement par versements appelle à consommer plus, ce qui se confirme dans le chiffre d’affaires des commerçants. Toutefois, et le temps nous le dira, il semble moins toxique que les cartes de crédit qui permettent d’accumuler des dettes jusqu’à l’explosion. Comme il n’y a pas d’intérêt et peu de frais de retard, le délinquant se trouve rapidement barré du système.

Ce n’est pas pour autant merveilleux, au contraire, des consommateurs vont se brûler. Surtout, qu’est-ce que ça va compliquer la gestion de nos finances ! Voilà qu’à notre multitude d’abonnements vont s’ajouter des paiements mensuels, il y aura de quoi perdre la boule.

La prochaine tendance : un autre service par abonnement payant pour suivre tous nos flux monétaires.

OK, ce n’est pas un scoop non plus. Ça existe déjà.