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Quatre travailleurs de la santé témoignent: «Le réseau, en ce moment, se fout complètement de nous»

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Épuisés, à bout de souffle et tannés que leurs patients et eux-mêmes soient traités comme des numéros, de plus en plus de travailleurs de la santé décident de quitter le navire.  

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Dans une entrevue à l’émission À vos affaires avec Pierre-Olivier Zappa, quatre professionnels du milieu se sont prononcés sur leur réalité dans le milieu et les problèmes qu’ils rencontrent jour après jour. 

Voici donc un aperçu de ce qui cloche dans le système de santé québécois, du point de vue des travailleurs de la santé.

Trop d’heures supplémentaires

Yves Fortin, un préposé aux bénéficiaires de Lanaudière, affirme avoir effectué, l’an dernier, plus de 1000 heures supplémentaires. 

«C’est pas normal, ça», lance-t-il, ajoutant que «ça a été mal encadré, mal géré». 

Heureusement pour lui, les circonstances sont favorables puisque ses enfants sont grands et que sa conjointe travaille aussi dans le réseau de la santé. 

«Mais je suis conscient que pour une personne qui a une famille, c’est impensable, inconcevable, de pouvoir faire autant d’heures et être aussi apte au travail», croit Yves Fortin.  

Il dénonce également le manque de personnel et le fait qu’il s’est retrouvé seul, cette semaine, dans son département. 

«Je travaille au département des soins critiques, et c’est inconcevable. On ne peut pas se permettre d’être seul dans un département aussi important avec des cas de COVID-19», déplore-t-il. 

Pas de ratio  

L'un des problèmes rencontrés chez les inhalothérapeutes, lesquels sont très demandés en période de COVID-19, est l’absence de ratio patient-inhalothérapeute, selon l’inhalothérapeute Emmy-Sarah Martel. 

«Une infirmière aux soins intensifs ne peut pas avoir plus de deux patients à sa charge à cause de la lourdeur des soins, tandis que moi, je peux avoir jusqu’à 15 intubés-ventilés et plus à ma charge», déplore-t-elle. 

Si l’état d’un patient s’aggrave, elle n’est alors plus disponible pour s’occuper des patients dont la situation est précaire aux soins intensifs. 

Emmy-Sarah Martel croit que la mise en place d’un ratio patient-inhalothérapeute permettrait de «sécuriser les soins aux patients» et de les humaniser. 

«Parce que des fois, je ne peux pas prendre le temps que je voudrais pour mon patient parce que j’en ai plein d’autres à voir, et j’ai des urgences à travers tout ça. C’est vraiment une problématique à notre surcharge de travail présentement», raconte celle qui en est à son troisième quart de travail de 12 h cette semaine et qui en a deux autres de 16 h à l'horaire.  

Manque de relève  

Pour Julie Paquin, une infirmière auxiliaire à l’hôpital de Joliette, les problèmes de formation de la relève font craindre une pénurie de main-d’œuvre prochainement. 

«Ça se peut qu’il n’y ait plus de relève bientôt parce que tout ce qu’on entend dans les médias, ça ne donne pas le goût aux jeunes de venir travailler avec nous, et on en a besoin, pourtant», craint-elle. 

Julie Paquin mentionne que, lorsqu’elle doit donner une formation, ses tâches quotidiennes de soins ne sont pas réduites. 

«Ça fait en sorte que la relève finit par juste travailler sur le plancher et nous aider à éteindre des feux», critique-t-elle. 

«Ce qui fait qu’ils apprennent sur le tas. On peut apprendre à construire quelque chose sur le tas, mais là, on a des humains entre nos mains, donc c’est important cette partie-là de leur formation», ajoute l’infirmière auxiliaire. 

Malgré les difficultés qu’elle rencontre, Julie Paquin choisit de rester en poste pour ses patients. 

«C’est vraiment la clientèle et les patients qui nous gardent en place, parce que le réseau, en ce moment, se fout complètement de nous. On est des numéros pour eux, et c’est rendu que même les patients sont traités comme des numéros, et ça, je trouve ça bien plate», dénonce-t-elle.

Portes fermées

Emy Coutu, une infirmière praticienne, a décidé de quitter le système de santé publique pour se tourner vers le privé. 

«Je constate, moi, depuis plusieurs années, que, malheureusement, le système de santé publique ferme ses portes à plusieurs ressources», affirme-t-elle. 

Elle parle notamment des infirmières qui travaillent dans les agences de placement privé, qui doivent notamment donner des disponibilités toutes les semaines pour pouvoir continuer à travailler dans le réseau public. 

Une chose qui est difficile avec les horaires de travail du milieu privé. 

Une structure à revoir?

Pour plusieurs travailleurs de la santé, c’est l’ensemble du système de santé actuel qui doit être revu pour que ça fonctionne et pour humaniser les soins offerts aux patients. 

«Des fois, il y a des patients que je n’ai pas le temps de voir de la journée parce que j’ai d’autres urgences, parce qu’on n’a pas assez de personnel, et il y a trop de surcharge de travail. Donc il faut vraiment revoir la structure pour assurer des soins humains pour tous», croit notamment l’inhalothérapeute Emmy-Sarah Martel.