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Afghanistan: qui sont les talibans et que signifie le retour de la charia?

Afghanistan: qui sont les talibans et que signifie le retour de la charia?
AFP

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De retour au pouvoir après avoir été écartés pendant deux décennies, les talibans ont promis de faire appliquer la charia, cette loi islamique privilégiée par les fondamentalistes. 

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Les talibans sont connus pour leur interprétation très stricte et intransigeante de l’islam. Leur retour en force fait craindre la réinstauration d’une version ultra-rigoriste de la charia.

Quelques semaines après leur prise de pouvoir de Kaboul et du reste du pays, les talibans ont enfin dévoilé les principaux ministres qui formeront leur gouvernement dirigé par Mohammad Hassan Akhund.

  • Écoutez l'entrevue du directeur de l'observatoire du Moyen Orient et de l'Afrique du Nord à la Chaire Raoul-Dandurand, Sami Aoun, avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio: 

Aucun détail sur leur programme politique n’a toutefois été dévoilé, à part la promesse de réinstaurer une version draconienne de la charia.

La charia (littéralement la voie, le chemin qui mène à Dieu) est une sorte de code de conduite fixant un ensemble de droits, de devoirs, de règles, d’interdits ou de sanctions. Si elle est basée sur la «Sunna» (le livre qui reprend les paroles du prophète Mohammed), elle n’est pas formellement codifiée dans un texte, d’où des interprétations très variées selon les pays.

Le droit de la famille, la tenue vestimentaire, les règles alimentaires, les transactions financières, l’héritage, les infractions pénales et les affaires judiciaires font partie des aspects de la vie d’un musulman régis par la charia.

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Quelle vie sous le régime des talibans?

Pour imaginer à quoi pourrait bien ressembler la vie sous le joug des talibans, on ne peut que se tourner vers le passé.

Lorsqu’ils étaient au pouvoir, entre 1996 et 2001, ils avaient interdit les jeux, la musique, la photographie et la télévision. Les femmes avaient l’obligation de porter la burqa. Elles n’étaient pas autorisées à travailler ni à étudier et ne pouvaient pas sortir dans la rue sans être accompagnées d’un homme.

Les meurtriers, tout comme les personnes jugées coupables d’adultère, étaient exécutés en public. Le vol, la consommation d’alcool ou encore l’homosexualité étaient aussi interdits et punis.

Vingt ans plus tard, c'est encore le sort et le statut des femmes qui inquiètent les observateurs tout comme, l’exécution de peines sévères et la liberté de la presse.

-Avec l'AFP

De l’étude de la religion au pouvoir  

Gabriel Ouimet

Agence QMI

Les talibans sont des étudiants de la religion, explique Sami Aoun, professeur à l’Université de Sherbrooke et directeur du comité scientifique de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent.

«Initialement, c’est un mouvement fondamentaliste, donc ils veulent retourner aux sources de leur religion. Ils ont une interprétation la plus littérale possible de l’islam. On peut les considérer comme hyper conservateurs», a-t-il expliqué.

Malgré les liens étroits qui les unissent avec Al-Qaïda, le groupe n’est pas à proprement parler un groupe terroriste. «C’est un groupe nationaliste. Ils veulent contrôler leur territoire, mais n’ont pas l’ambition d’attaquer hors de leur fief», a précisé Sami Aoun.

Le groupe est né au début des années 1990 après le retrait des troupes soviétiques de l’Afghanistan. Il est alors composé de plusieurs petites cellules de résistants, appelées moudjahidines, qui se sont opposées aux Russes lors de l’invasion du pays.

En 1989, quand les Soviétiques se retirent, une guerre civile éclate en Afghanistan en raison de déchirures entre les différents clans moudjahidines. Les talibans émergent alors. Ils promettent de rétablir la paix et la sécurité, en plus d’appliquer leur propre version très rigoriste de la charia.

Ils étendent rapidement leur influence et, en 1996, ils s’emparent du pouvoir et déclarent l’Afghanistan émirat islamique jusqu’à leur renversement en 2001 à la suite des attentats du 11 septembre aux États-Unis.

Afghanistan: les membres du gouvernement taliban  

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Parmi les 33 membres qui formeront le nouveau gouvernement d’Afghanistan, on retrouve:  

  • Mohammad Hassan Akhund, chef du gouvernement. Il est décrit comme un proche du fondateur des talibans, Mohammed Omar;  
  • Abdul Ghani Baradar, vice-premier ministre. Il est le cofondateur des talibans;  
  • Mohammad Yaqoub, ministre de la Défense. Il est l’un des fils de Mohammed Omar et le plus jeune membre du gouvernement;  
  • Sirajuddin Haqqani, ministre de l’Intérieur. Il est réputé pour être proche d’Al-Qaïda;    

Charia: comment sont prises les décisions?  

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À partir du Coran et de la Sunna, des juristes musulmans sont chargés de tirer des règles précises provenant de la charia. Ils émettent des conseils qui sont considérés comme une décision juridique officielle appelée «fatwa».

Au Soudan ou en Arabie Saoudite, l’interprétation de la charia est très restrictive et autorise les châtiments comme la lapidation, la flagellation et l’amputation. Dans d’autres pays, comme en Égypte par exemple, elle n’impose que des principes religieux généraux. Citons également l’Iran, le Pakistan, le Brunei, l’Indonésie, le Nigéria et le Qatar ou l’application de la charia est très variable.

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