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Sylvain Gaudreault intimidé pour avoir combattu GNL Québec

Le député a dû porter plainte à la police à plusieurs reprises après avoir reçu des menaces

Sylvain Gaudreault
Photo Agence QMI, Roger Gagnon Sylvain Gaudreault garde espoir : l’action politique fonctionne. Le gouvernement Legault a rejeté GNL Québec alors qu’il en a fait la promotion, et on assiste peut-être à un virage, dit-il. « J’espère qu’en 2022, les changements climatiques seront au cœur de la campagne électorale », souhaite le député péquiste.

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Victime d’intimidation dans son fief du Saguenay pour son combat contre GNL Québec, Sylvain Gaudreault renchérit et fait de l’environnement la raison principale de son engagement politique; il tente maintenant de convaincre ses collègues de tous les partis de fonder un «caucus» vert. 

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«Va te pendre. Mange marde. Ostidcriss d’enfant d’chienne. Tu mériterais une bonne claque sur la gueule. Va vivre à Montréal dans le Village avec tes petits amis»; le député péquiste de Jonquière a reçu des tonnes d’insultes lorsqu’il livrait son combat contre le projet de GNL Québec, qui a finalement été rejeté par le gouvernement Legault cet été. 

  • Écoutez l'entrevue de Sylvain Gaudreault avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Cette haine — il a dû porter plainte à la police à quelques reprises — l’a poursuivi pendant des mois, mais ne l’a pas empêché de rédiger Pragmatique: Quand le climat dicte l’action politique, publié aux éditions Somme Toute mardi.

Pour un député, se battre contre un projet polluant mais payant économiquement dans sa région, c’est difficile. «Tout ça était très lourd. Quand la décision sur GNL est tombée cet été, ça a été pour moi une tonne de moins sur les épaules», confie-t-il en entrevue avec Le Journal

Le plus grand défi

Ce livre, dit-il, n’est pas le testament politique d’un homme qui vient de perdre la course à la chefferie du Parti québécois, mais plutôt une nouvelle étape où il exprime ses positions sur l’avenir. M. Gaudreault a acquis la certitude que les changements climatiques sont le plus important défi de l’humanité, et fait de la lutte à la crise climatique «la raison principale» de son engagement politique et social. 

Il milite d’ailleurs en faveur d’un «caucus environnemental» transpartisan pour que les élus «se donnent une formation commune et se partagent de l’information scientifique». «Une fois que tu as cette information, tu ne peux plus faire comme avant et, comme élu, ça te donne une grille d’analyse différente sur tous les enjeux, sans intervenir dans les lignes de parti», dit-il. Il a déjà échoué à créer ce caucus en 2017 et en 2019, mais ne baisse pas les bras et va retenter le coup avant les élections de 2022.

«Le plus grand défi pour les changements climatiques, c’est d’entretenir l’espoir. Mon objectif est de montrer qu’il y a de l’espoir dans l’action politique», explique-t-il.

Dans son ouvrage, M. Gaudreault ne souhaite pas jouer au «curé». «Moi aussi j’ai mes contradictions, j’ai un chalet, j’adore voyager. Je ne veux pas pointer du doigt le gars avec un pickup, la famille qui se construit un bungalow dans un quartier d’étalement urbain. Ce n’est pas leur faute personnellement, mais la responsabilité est collective», dit-il.

Pas un curé

Pour convaincre les Québécois de changer leurs habitudes de vie, il faut d’abord leur montrer «l’impact du réchauffement sur l’agriculture, la santé, les réfugiés climatiques, l’érosion des côtes, l’accès à l’eau potable. Quand ils vont comprendre ça, ça sera plus facile après de dire qu’on arrête l’étalement urbain», a-t-il dit. Et il insiste sur une «transition juste», où les travailleurs d’industries polluantes ne se retrouvent pas le bec à l’eau. Il faut éviter à tout prix une confrontation stérile qui risque de mener à la révolte «des gilets jaunes», comme en France. 

Le député récupère le discours et le vocabulaire des «lucides». «On a fait le déficit zéro pour les générations futures, il faut que ce soit déficit climatique zéro pour les générations futures», dit-il. 

«Le mot pragmatique est associé à la saine gestion des finances publiques. Je pense qu’aujourd’hui, se préoccuper du climat, c’est pragmatique. Ce que j’essaie de démontrer dans ce livre, c’est que le pays des licornes et les pelleteux de nuages sont dans le camp de ceux qui ne se préoccupent pas du climat», ajoute le député.

M. Gaudreault souhaite également que le Québec joue un rôle en «acceptant d’accueillir sa part du flot des réfugiés climatiques actuels et à venir». Le réchauffement de la planète provoquera d’importantes migrations de population: de 250 millions à 1 milliard de personnes dès 2050, souligne-t-il.

GNL Québec en bref   

  • Le projet proposait de construire, au port de Saguenay, une usine de liquéfaction de gaz naturel provenant de l’Ouest canadien par un nouveau pipeline de 750 km.    
  • Cet investissement de 9 milliards de dollars promettait, entre autres, la création de 6000 emplois en période de construction et 1100 lors de son opération.     
  • Après avoir défendu le projet depuis 2019, le gouvernement Legault y a renoncé en juillet dernier après les préoccupations environnementales soulevées dans un rapport du BAPE défavorable et devant la désapprobation des trois partis d’opposition à l’Assemblée nationale.     

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