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Une partie de ma vie a été arrachée

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Aujourd’hui, l’Amérique entière se recueille. Elle se souvient du 11 septembre 2001 où les tours jumelles du World Trade Center à New York se sont effondrées à la suite d’une attaque terroriste d’une unique amplitude. Partout sur la planète, les gens étaient horrifiés. Plusieurs pensaient que cette scène apocalyptique était l’amorce d’une Troisième guerre mondiale.

Moi je vivais dans mon monde loin de la réalité des attentats de Manhattan. Vous allez sûrement sursauter, mais cette journée du 11 septembre 2001, ces attentats qui ont coûté la vie à près de 3000 personnes n’ont pas ébranlé mon existence.

Je conduisais ma voiture, le téléphone sonne. Au bout de la ligne, c’est Carole Pleau, mon ancienne épouse. D’une voix tendre et calme, elle m’informe que les tours jumelles du World Trade Center ont été attaquées par des terroristes. Je la remercie pour sa gentillesse de m’annoncer cette catastrophe, mais je lui réponds que malheureusement ces attaques n’étaient pas une priorité dans l’instant même. S’apercevant que ma voix était remplie d’émotion, elle s’est informée si j’allais bien.

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Si j’allais bien ?

Je venais de quitter la maison en voiture avec ma mère Hazel, pour qui j’ai un amour infini. Cette merveilleuse maman s’est penchée vers moi en me regardant avec son chaleureux sourire et ses beaux yeux bleus qui brillaient. J’ai arrêté la voiture en bordure de la rue. Je l’ai serré dans mes bras et je pleurais. Ma mère ignorait que c’était son fils qui la serrait dans ses bras. Elle était atteinte de la maladie d’Alzheimer. En ce 11 septembre 2001 je me dirigeais avec ma douce mère pour la placer en résidence surveillée. 

Mon souvenir du 11 Septembre

Cela fait maintenant 20 ans que tous les 11 septembre, je pense à cette journée remplie de tristesse, mais entourée de tellement d’amour avec ma mère.  

Trois fois pendant les deux dernières années de sa vie, elle m’a reconnu. La première fois, elle m’a demandé de lui chanter My Way. Le sourire sur ses lèvres m’a permis d’oublier mon deuil vivant. Aujourd’hui chaque fois que je chante ce grand classique de Frank Sinatra dans mon for intérieur, je dédie la chanson à ma mère. 

Avant qu’elle soit atteinte de l’Alzheimer, chaque fois que maman me voyait, elle me plaçait doucement le devant de mes cheveux avec sa main droite. Un jour, j’étais tout près d’elle au CHSLD Paul-Lizotte. Elle me dit brièvement qu’elle n’aimait pas ma coupe de cheveux. 

Je me souviendrai toujours de cette dernière fois où elle m’a reconnue. Les médecins et les infirmières voulaient que je lui explique que pour son bien, le moment serait venu pour qu’elle nous quitte pour un monde meilleur.

Elle était allongée dans son lit n’ayant aucune idée de qui j’étais. Pendant une vingtaine de minutes, je lui confie qu’elle peut mourir en paix afin de rejoindre ma sœur, Isabelle et mon père, Jean-Paul au paradis.

Ma mère, Hazel Johnson qui avait ajouté un « D » dans mon nom pour honorer ses parents nés à Liverpool, se tourne vers moi. Elle me reconnaît, des larmes coulent doucement sur mes joues. Elle me regarde avec ses yeux bleus étincelants :

« Roddy, pourquoi veux-tu que je meure ? »

Je regrette encore aujourd’hui de ne pas lui avoir dit que je l’aimais, plutôt de lui avoir demandé de mourir. 

Vous savez maintenant comment je me sens et quel est mon triste souvenir du 11 septembre 2001 ! 

Maman, je t’aime !