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Visages de notre histoire: portrait de Carrie Derick

Visages de notre histoire: portrait de Carrie Derick
Photo © Archives de l’Université McGill, MUA PR014514

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Passionnée de sciences

Fille de Frederick Uriah Derick et d’Edna Jane Colton, Carrie Mathilda Derick est née le 14 janvier 1862 à Saint-Georges-de-Clarenceville en Montérégie. Étudiante brillante, elle enseigne à 15 ans seulement à l’Académie de Clarenceville, puis en devient directrice. Sa passion pour les études amène la jeune femme à continuer au baccalauréat à l’Université McGill, puis à obtenir une maîtrise en sciences naturelles. Après qu’elle eut effectué des recherches aux États-Unis, en Angleterre et en Allemagne, l’Université de Bonn ne peut lui octroyer le titre de docteur puisqu’il est interdit d’attribuer ce diplôme à une femme. Du côté de McGill, elle enseigne pendant plusieurs années comme chargée de cours sans augmentation de salaire. Après qu’elle eut fait une plainte au doyen, celui-ci la nomme professeure adjointe pour le tiers du salaire de ses collègues masculins. Cette injustice, comme celles vécues par de nombreuses femmes de son époque, l’amène sur le chemin du militantisme.

RÉALISATIONS 

Première femme professeure titulaire au Canada

Visages de notre histoire: portrait de Carrie Derick
Photo © Archives de la Ville de Montréal, VM94-Z1793

Après trois ans d’intérim à la tête du département de botanique de McGill, Carrie Derick n’est pas considérée pour le poste de directrice. Mais en compensation, elle est nommée professeure de morphologie comparative et de génétique en 1912, devenant ainsi la première femme titulaire dans une université canadienne. En plus d’élaborer et de donner le premier cours sur l’évolution et la génétique au Canada, elle est à l’origine de la fondation à McGill d’un département dans ce champ d’études alors controversé. Féministe d’avant-garde, elle s’implique pour l’obtention du droit de vote pour les femmes, mais aussi pour leur obtention du droit à la contraception. Confrontant le premier ministre du Québec, Lomer Gouin, en 1915 sur sa position sur la régulation des naissances, il s’exclamera « [qu’]elle me fait rougir, cette vieille fille de McGill », ce qui est révélateur de la morale paternaliste de l’époque. Or, jamais cela n’arrêtera la femme de tête et suffragette Carrie Derick.

HÉRITAGE 

Pour la science et les droits des femmes

Visages de notre histoire: portrait de Carrie Derick
Photo © Archives de la Ville de Montréal, CA M001 BM101-D001

Toute sa vie, Carrie Derick considérait que les connaissances qu’elle avait acquises devaient être mises au service de l’humanité. Réformatrice sociale, elle étudie la délinquance juvénile et la déficience mentale dans les institutions à Montréal. Fondatrice du département de génétique à l’Université McGill, elle se démarque par la qualité de ses travaux pour lesquels elle obtient plusieurs prix et mentions. Elle contribue à développer et à diffuser les connaissances sur la botanique, l’évolution et son impact sur la génétique. À plusieurs égards, elle pave la voie pour d’autres femmes en sciences. Ses multiples interventions comme suffragette contribuent à l’obtention du droit de vote des femmes au fédéral en 1918 et au provincial en 1940. Véritable pionnière, elle milite pour les droits des femmes à l’instruction et pour la régulation des naissances. Près de 30 ans après le décès de Carrie Derick, la contraception est finalement légalisée au Québec en 1969.