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CHSLD Herron: «Tout était totalement désorganisé» avant la pandémie

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Le CHSLD privé Herron éprouvait déjà d’importants problèmes de manque de personnel et d’équipement plusieurs mois avant la pandémie de COVID-19, selon l’ex-directrice des soins de l’endroit.

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«Tout était totalement désorganisé», a relaté, hier, l’infirmière Véronique Bossé, à la deuxième semaine des audiences publiques de la coroner Géhane Kamel sur les décès survenus au CHSLD Herron de Montréal. 

Elle a été directrice des soins pendant six mois, de septembre 2019 à janvier 2020, en plus de perdre sa mère dans la tragédie de l’établissement faisant 47 victimes. 

Lacunes inquiétantes

À son arrivée, Mme Bossé a tout de suite remarqué d’inquiétantes lacunes. Manque cruel d’employés, dont aucun ne parlait français, ainsi que du matériel expiré ou insuffisant. 

Par exemple, des employés disposaient de deux débarbouillettes pour 15 résidents et seulement trois piqués (des draps d’incontinence) pour 140 chambres. 

Des travailleurs étaient débordés et sous-payés, selon elle, au même salaire depuis 15 ans. Elle a décrit un roulement de personnel «incroyable». 

Photo d’archives

«Il arrivait toujours quelque chose, les deux bras me tombaient», a-t-elle dit, expliquant que la qualité des soins en souffrait. Elle a donné l’exemple d’une fenêtre restée ouverte toute une nuit dans la chambre d’un patient à -10°C. 

Du nouveau matériel a été commandé, mais l’embauche de personnel restait toujours difficile, selon son témoignage. 

«Pourquoi un CHSLD se doit d’être si lucratif?», a-t-elle demandé, alléguant que malgré des millions de dollars de profit, l’ajout d’un préposé «coûtait trop cher». «C’était très difficile d’engager, là-bas, il fallait se battre», a-t-elle poursuivi, découragée. 

Néanmoins optimiste de redresser la qualité des soins, Mme Bossé y a déménagé sa mère, atteinte de démence, car elle aimait les activités offertes au CHSLD.

Mère déshydratée

Mais même avant la pandémie, sa mère de 64 ans a dû être hospitalisée pour déshydratation. 

Mme Bossé est retournée à son emploi au CHUM, découragée de son expérience dans le privé, mais elle se disait mise au courant de l'état de sa mère par les infirmières. 

Rapidement, dès le début de la pandémie, l’aînée a contracté le virus. Parlant à un médecin, Mme Bossé a demandé qu’un soluté soit donné à sa mère pour l’hydrater, mais cela n’a jamais été fait. 

Sa mère n’a jamais été dépistée pour la COVID-19. Et Véronique Bossé croit que sa mère est «morte de faim ou de soif». 

De plus, la bonbonne d’oxygène de sa mère était vide lorsque son décès a été constaté. «Ça me fait de la peine, parce que ma mère avait peur de mourir étouffée. Et elle est morte étouffée», a-t-elle raconté, la gorge nouée. 

Rien ne fonctionne

D’autres employées du CHSLD Herron ont ensuite témoigné, mais leur identité est protégée. Elles ont toutes relaté un manque chronique d’équipement, comme des serviettes. 

Selon une infirmière auxiliaire, elle était souvent incapable de trouver des thermomètres ou des appareils de mesure de pression artérielle qui fonctionnaient. Ou, sinon, trouver des batteries relevait du chemin de croix. 

Joël Lemay / Agence QMI

«J’ai dû supplier pour avoir des serviettes», a-t-elle affirmé. Le manque de serviettes était si récurrent que les employés utilisaient la même pour laver et sécher un résident, prenant une moitié pour chaque étape. 

Une infirmière a relaté être parfois seule pour s’occuper de trois étages et d’environ 140 résidents la nuit. Et lorsque la pandémie a commencé, elle est devenue infirmière, mais aussi réceptionniste et gardienne de sécurité en raison du manque à combler. 

Enfin, une préposée aux bénéficiaires en poste depuis 15 ans a souligné que la pénurie de main-d’œuvre était surtout marquée depuis trois ans, avec l’arrivée du Groupe Katasa comme propriétaire. 

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