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Délestage: les retards en chirurgie toujours inchangés au Québec

Près de 145 000 patients attendent pour une chirurgie, et ce nombre stagne en raison de la COVID-19

GEN - ÉLOISE BEAUDRY
Photo Martin Alarie Éloïse Beaudry, âgée de 40 ans, a pu être opérée la semaine dernière, après plus d’un an d’attente couchée dans son lit.

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Le gouvernement n’a pas encore commencé à rattraper son retard dans les chirurgies, si bien que presque autant de Québécois attendent de passer sous le bistouri qu’en mars dernier, après le délestage massif de la deuxième vague.

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Près de 145 000 Québécois figuraient sur la liste d’attente pour une chirurgie au Québec à la mi-août, selon les dernières données disponibles du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). 

De ce nombre, plus du tiers (34 %) patiente depuis plus de six mois, soit près de 49 000 personnes.

Pour certains, comme Éloïse Beaudry, l’attente s’étire sur plus d’un an et demi. (voir texte ci-bas)

C’est presque autant qu’en mars dernier, après la deuxième vague de la pandémie. Des milliers de chirurgies avaient été délestées, laissant plus 148 000 personnes en attente.

Et depuis l’été, le nombre d’hospitalisations dans le réseau de la santé a triplé, en pleine quatrième vague de la pandémie de COVID-19, et il continue de croître.

Les non-vaccinés sont particulièrement nombreux à se retrouver sur des lits d’hôpitaux, comptant pour plus de 75 % des hospitalisations du dernier mois.

Mardi, le ministre de la Santé Christian Dubé a d’ailleurs prévenu les Québécois que le délestage pourrait augmenter de façon significative au cours des prochaines semaines en raison de ces hospitalisations.  

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S’allonger encore

L’attente risque donc de s’allonger de nouveau, au grand dam des chirurgiens, qui ne sont plus impatients mais résignés devant ces retards, selon le Dr Serge Legault, chirurgien et vice-président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec. 

« C’est énorme, mais en même temps, c’est le fruit des meilleurs efforts possible », dit-il.

Que le nombre de patients en attente n’ait pas augmenté durant l’été et ait même légèrement diminué, « c’est déjà une victoire », fait valoir le chirurgien. Il ajoute que la pénurie de personnel qui frappe le réseau est pire qu’anticipée.

Plus de six mois

De juillet à août, la liste d’attente a diminué d’environ 1000 personnes. Par contre, chez ceux qui attendent depuis plus de six mois, ils sont désormais 2000 de plus.

En Outaouais, ce sont plus de la moitié des personnes en attente qui poireautent depuis plus de six mois. 

Et sans l’apport des cliniques privées, qui réalisent des chirurgies pour le réseau public sans frais pour les patients, le portrait serait même plus sombre. Il augmente la cadence d’environ 15 %, selon les données du MSSS.

Sans ces chirurgies payées par le gouvernement aux cliniques privées, des régions comme l’Outaouais, la Montérégie et Chaudière-Appalaches roulaient à moins de 50 % de leur capacité de production normale.

En juin dernier, le gouvernement prévoyait réduire la liste d’attente à 100 000 personnes seulement en 2023.


Personnes en attente d’une chirurgie : 144 771

Depuis plus de six mois : 48 840 (34 %)

Régions qui comptent le plus de personnes qui attendent depuis plus de six mois.
(proportion de leur liste d’attente)   

  • Outaouais (52 %)  
  • Lanaudière (47 %)  
  • Laurentides (40 %)  
  • Montérégie (38 %)   

*En date de la mi-août
Source : ministère de la Santé Et des Services sociaux

Un an et huit mois couchée dans son lit  

GEN - ÉLOISE BEAUDRY
Photo Martin Alarie

Une femme de Longueuil, alitée pendant un an et huit mois dans l’attente d’une chirurgie, pousse un soupir de soulagement d’avoir enfin eu son tour la semaine dernière, craignant que le délestage reprenne.

« J’étais en train de virer folle », souffle Éloïse Beaudry, âgée de 40 ans. Elle a finalement été opérée le 7 septembre dernier, après 20 mois à la maison, confinée à son lit. 

Ne sortant plus, elle a même dû renoncer à contrecœur à Pomelo, son chien Mira, qui l’accompagnait partout.

Plaie de pression

Paraplégique et en fauteuil roulant depuis 20 ans à la suite d’un abcès au cerveau, Mme Beaudry a développé une plaie de pression à la fesse en 2019, une lésion profonde dans les tissus mous.

Une première opération en janvier 2020 a retiré les tissus nécrosés. Ensuite, un appareil a été installé sur sa fesse pour guérir graduellement les tissus. Quelques mois plus tard, elle devait subir une nouvelle opération, appelée lambeau, pour complètement réparer la plaie. Mais cette deuxième intervention s’est fait attendre.

Avec l’appareil en place, elle ne peut pas s’asseoir sur son fauteuil roulant plus de 20 minutes, trois fois par jour. 

Elle reste donc couchée dans son lit. Elle ne peut pas non plus aller dans l’eau et elle n’a pas pris de bain ou de douche depuis. 

« Je suis très propre quand même », assure-t-elle, gardant malgré tout son sens de l’humour.

Elle a reçu de l’aide à domicile d’infirmières, de préposés et de ses proches pour ses soins, ses repas et toutes ses commissions. 

Victime du délestage

Mais elle ne devait pas passer l’été 2020 dans son lit, encore moins celui de 2021. 

« J’ai été victime du délestage », dit-elle, ajoutant que sa chirurgienne l’appelait fréquemment, mais qu’elle n’avait pas de salle pour l’opérer.

En convalescence à l’hôpital, elle anticipe son retour chez elle. 

« Je ne sais plus à quoi ressemble la vie », souligne-t-elle, ne quittant son logement que pour quelques rendez-vous médicaux.

Elle avait même reçu ses deux vaccins à la maison.

« Le plus déplorable, c’est pour ma santé physique », dit la femme qui s’entraînait fréquemment et qui était autonome avant toute cette attente alitée.

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