/finance/business
Navigation

Le Québec en plein cœur du virage électrique de New York

Des entreprises québécoises envahissent la Grosse Pomme avec comme puissante arme leur savoir-faire

US-NEW-YORK-TWENTY-YEARS-AFTER-9/11-TERRORIST-ATTACKS
Photo AFP La Ville de New York s’électrifie de plus en plus, en collaboration avec des entreprises québécoises. Ci-haut, le garage du Département d’assainissement, une immense installation municipale.

Coup d'oeil sur cet article

NEW YORK | « C’est pas physique, c’est électrique », chantait Robert Charlebois. Et ça pourrait être le mantra de plusieurs entreprises québécoises, qui débarquent à New York dans le but d’électrifier la ville qui ne dort jamais.

• À lire aussi: Des panneaux québécois pour une célèbre prison new-yorkaise

L’une d’entre elles, Effenco, a développé une solution hybride électrique pour différents types de camions. L’entreprise a même réussi à s’implanter au sein du Département d’assainissement de New York, dans l’un des plus gros garages municipaux de la planète, situé dans l’arrondissement du Queens. Le bâtiment est d’une longueur équivalente à la hauteur de l’Empire State Building. 

US-NEW-YORK-TWENTY-YEARS-AFTER-9/11-TERRORIST-ATTACKS
Photo Olivier Bourque

« Nous avons toutes les ressources ici pour opérer une ville comme New York, 24 heures par jour, sept jours semaine. Ici au Département, nous avons une flotte de 6000 véhicules, dont 2000 camions à ordures. C’est la plus importante aux États-Unis si ce n’est au monde », nous dit fièrement Spiro Kattan, directeur du Département d’assainissement de New York, en entrevue avec Le Journal.  

Un long processus

Lors du passage du Journal, les camions hybrides développés par l’entreprise québécoise étaient sur le terrain pour les opérations entourant les inondations. Mais ils peuvent aussi être utilisés comme déneigeuses ou véhicules d’urgence. 

Dans cette immense installation, tout le monde connaît Effenco qui a développé une solution en collaboration avec la Municipalité pendant plusieurs années. 

L’organisme fait confiance à la québécoise Effenco. À gauche, Rocky DiRico, commissaire du Département, en compagnie de David Arsenault, président d’Effenco
Photo courtoisie
L’organisme fait confiance à la québécoise Effenco. À gauche, Rocky DiRico, commissaire du Département, en compagnie de David Arsenault, président d’Effenco

« Nous sommes très chanceux d’avoir été sélectionnés, car ç’a été un processus très long, environ sept ans. Nous avons travaillé avec la Ville dans leur laboratoire, je restais plusieurs mois à New York. On a testé nos solutions, on a roulé dans tous les arrondissements, on a obtenu notre certification du fabricant Mach qui installe notre procédé. Mais au final, on a réussi », raconte David Arsenault, président d’Effenco. 

  • Écoutez la chronique économique d'Yves Daoust, directeur de la section Argent du journal de Montréal et du Journal de Québec, sur QUB radio: 

Plus de 1000 camions à convertir

Au total, l’entreprise de 80 employés va « électrifier » 1100 camions à ordures lors des trois prochaines années. 

« Ils ont développé la meilleure solution pour nous, très simple à implanter. Et nous allons continuer à travailler avec eux car notre flotte doit être complètement électrifiée pour 2040 », assure le commissaire du Département, Rocky DiRico, un solide gaillard qui répond directement au maire Bill de Blasio, lors d’un entretien avec Le Journal. 

M. DiRico a d’ailleurs été un allié dans le développement des véhicules hybrides à New York. « Il a convaincu les instances publiques de débloquer les fonds. Pour nous, ç’a été déterminant car au départ, c’était assez avant-gardiste », mentionne David Arsenault.  

Un gigantesque marché qui grandit à la vitesse de la lumière  

Si l’entreprise québécoise Effenco a réussi à charmer la ville de New York, il pourrait s’agir de la première étape d’une opération visant à accaparer le marché américain. 

« Actuellement, on a le contrat pour une partie des camions à ordures, mais il y a 30 000 véhicules dans la flotte de la ville de New York. Notre solution pourrait s’appliquer aux autres véhicules », indique le président David Arsenault. 

Selon ce dernier, plusieurs États vont aussi adopter des normes plus vertes lors des prochaines années, comme New York ou la Californie.

« On sent que la demande sera multipliée par 50 pour notre type de produits. Donc, nous sommes confiants », ajoute le patron d’Effenco, qui a fondé l’entreprise en 2006. 

Contexte favorable

Pour la nouvelle déléguée générale à New York, Martine Hébert, on risque de voir de plus en plus d’entreprises québécoises débarquer à New York et pas seulement dans le secteur des transports. 

« Le contexte est très favorable. Il y a le Plan Biden, des investissements massifs dans le plan climatique de l’État de New York, et la ville est très proactive en matière de décarbonisation. Notre avantage, c’est que le Québec a pris de l’avance, on a investi, et tout le monde veut notre expérience », assure-t-elle. 

Une métropole qui a faim de bornes électriques   

Les bornes de recharge de FLO font, depuis longtemps, partie du paysage québécois (à gauche, à Montréal). Mais, dans le très chic Upper East Side (à droite) et ailleurs à New York, l’implantation débute à peine.
Photos Olivier Bourque et d’archives, Pierre-Paul Poulin
Les bornes de recharge de FLO font, depuis longtemps, partie du paysage québécois (à gauche, à Montréal). Mais, dans le très chic Upper East Side (à droite) et ailleurs à New York, l’implantation débute à peine.

Si Montréal et les villes québécoises ont installé depuis très longtemps plusieurs bornes de recharges, New York commence seulement l’implantation de son réseau grâce notamment à l’entreprise québécoise AddÉnergie.  

Le Journal a pu constater que, dans l’Upper East Side, un des quartiers les plus aisés de la ville, ces bornes sont déjà très populaires.

« J’adore avoir accès rapidement à des bornes, j’habite juste à côté », partage un New-Yorkais rencontré, casquette des Yankees vissée à la tête, café à la main. 

Made in Mauricie

« Nous sommes en phase d’implantation. Actuellement, il y a 15-20 stations qui ont été installées, principalement à Manhattan et dans le Bronx. Il s’agit de bornes qui peuvent recharger deux voitures en même temps », nous explique Rose Lenoff, responsable du développement commercial, en entrevue avec Le Journal

Au total, 120 bornes fabriquées dans l’usine de l’entreprise à Shawinigan, en Mauricie, seront installées dans le cadre du déploiement du réseau FLO à 34 emplacements différents, mais également dans quatre sites pour la Ville de New York. 

Ce chantier représente le deuxième déploiement urbain en importance aux États-Unis, après celui de Los Angeles. AddÉnergie est en mode croissance et a 275 employés un peu partout dans le monde.