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Des débats qui sont une triste farce

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La télévision est un média trop sérieux pour le laisser entre les mains des patrons de chaînes.

Quant au format des deux débats de la semaine dernière, qui avait été accepté par tous les chefs de parti, il montre bien que leurs conseillers sont nuls lorsqu’il s’agit de télévision. Ces débats ont paru conçus pour mettre en vedette les chefs d’antenne et les journalistes plutôt que les leaders.

Parlons d’abord du débat en français à Radio-Canada, traduit en plusieurs langues comme il sied dans notre pays multiculturel et postnational ! Ce débat fut moins pénible que son pendant anglais, mais je ne lui ai trouvé aucune autre qualité. 

Patrice Roy a semblé vouloir en profiter pour montrer une fois pour toutes qu’il est l’animateur de l’heure en information et en affaires publiques. Qu’il est aussi le mieux informé et le plus allumé. Il est aussi le plus habile à manier ses lunettes pour en tirer des effets qu’il doit juger dramatiques, mais qui ne sont qu’exaspérants. 

PAS QUESTION DE DÉBATTRE

Quant aux journalistes invités, ils avaient préparé des questions hyper songées auxquelles les chefs n’ont pas eu le temps de répondre. Débattre, c’est discuter d’un sujet ou d’une situation avec un ou plusieurs interlocuteurs. Ce n’est pas répondre à des questions. C’est pourtant à cela qu’on a réduit le débat des chefs, donnant à peine à l’un et à l’autre le temps de répondre, encore moins de débattre.

Trop heureux d’apparaître à la caméra, les journalistes invités en ont profité pour faire étalage de leur savoir. Chacun était dans ses plus beaux atours, en particulier Guillaume Bourgault-Côté, de L’Actualité, sorti tout droit de la Boutique Ernest ou de chez Harry Rosen. 

Le Face-à-face de TVA n’était pas parfait. Pierre Bruneau avait constamment les yeux rivés sur l’horloge comme si le temps était une question de vie ou de mort. Au moins, les chefs ont eu le temps de débattre avec intelligence et le loisir de terminer leurs phrases. 

UNE MODÉRATRICE IMMODÉRÉE

Il n’en fut pas ainsi au débat de la CBC en anglais. 

L’ineffable et très condescendante Shachi Kurl, présidente de la maison de sondages Angus Reid, voulut établir dès le départ sa supériorité intellectuelle sur ces piteux leaders qu’elle regardait de haut. Yves-François Blanchet fut sa première tête de Turc avant d’être le mauvais élève sur les doigts duquel a cogné Anamie Paul deux fois plutôt qu’une.

Les chefs, le premier ministre Justin Trudeau plus que tous les autres, ont eu l’air d’accusés qu’on avait déjà condamnés. Aux premiers mots prononcés hors contexte ou hors des limites du temps assigné, ils étaient brutalement interrompus. Il ne manquait plus à Shachi Kurl qu’une règle de bois pour leur frapper sur les jointures.

Tant qu’on croira que la démocratie impose de donner le même temps de parole à tous les chefs, que leur parti ait ou non la possibilité de former un gouvernement, ces débats continueront d’être une perte d’argent pour les diffuseurs et une perte de temps pour les électeurs. Une occasion de plus de cultiver le cynisme.

Qu’on consacre la première heure de débat à tous les chefs, à condition que leur parti soit représenté à la Chambre des Communes, serait déjà très raisonnable. Mais que seuls le premier ministre sortant et le chef de l’Opposition officielle soient appelés à débattre durant la deuxième heure. C’est le simple bon sens qui le commande.