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«Manuel de la vie sauvage»: le prix de la réussite

«Manuel de la vie sauvage»: le prix de la réussite
PHOTO COURTOISIE/Danny Taillon

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Que sommes-nous prêts à faire pour réussir? «Manuel de la vie sauvage», présentée actuellement au théâtre Duceppe, donne la parole à Cindy Bérard, jeune dirigeante d’une «start-up», pour tenter de répondre à cette question. Mais elle n’est peut-être pas un modèle à suivre... 

Plus qu’une pièce de théâtre, les spectateurs sont invités à suivre une conférence de motivation sur la réussite. Cindy Bérard (Emmanuelle Lussier Martinez), créatrice de l’application Huldu qui a dépassé le million d’utilisateurs, détaille sa méthode de réussite en plusieurs points, prenant exemple sur sa propre expérience. Chacun de ses préceptes est ainsi appuyé par une scène de fiction qui renforce son discours. 

«Manuel de la vie sauvage»: le prix de la réussite
PHOTO COURTOISIE/Danny Taillon

L’auteur Jean-Philippe Baril Guérard mettait déjà de l’avant les dérives de l’ambition démesurée, l’absence de valeurs humanistes et la soif de l’argent de son personnage dans son roman, mais son adaptation pour le théâtre va plus loin. Voir ce personnage interagir sur scène décuple le malaise chez le spectateur. Cindy Bérard est animée d’un cynisme et d’une malhonnêteté intellectuelle qui fait froid dans le dos, même si on sait que des gens comme elle existent dans la vraie vie. 

Après une mauvaise expérience auprès d’un premier employeur sans complexe, elle va annoncer des grands concepts, comme «La haine est un moteur de motivation» ou «Rien n’est plus puissant qu’une idée», mais surtout que toutes les relations sociales ont un prix. Ainsi, pour elle, personne ne veut devenir votre ami sans en attendre quelque chose. 

C’est cette vision manichéenne des relations amicales et de la vie qu’elle va mettre en place lorsqu’une ancienne relation, Éve, vient lui proposer une idée pour créer une nouvelle application. Sans foi, ni loi, elle va pousser le bouchon de plus en plus loin dans la trahison, la mauvaise foi, le harcèlement et même la cruauté, toujours au nom de la sauvegarde ou de la croissance de sa compagnie, et sans que cela remette en cause ses valeurs, qu’elle adapte librement en fonction des situations. 

Certaines répliques cinglantes font rire, mais ce n’est pas toujours parce que c’est drôle. C’est même plus souvent cruel, et surtout amoral. 

«Manuel de la vie sauvage»: le prix de la réussite
PHOTO COURTOISIE/Danny Taillon

Une distribution impeccable

La mise en scène de Jean-Simon Traversy, qui alterne entre la conférence et des scènes illustrant le cheminement de Cindy, appuie encore mieux le propos, comme si chaque affirmation cynique était ensuite appuyée par une illustration. 

La caméra dans les coulisses, dont les images sont retransmises sur écran géant, montre l’assurance fendante de ces personnages qui pensent avoir raison d’agir de la sorte, sans jamais réellement douter. 

Emmanuelle Lussier Martinez est épatante dans sa droiture, son absence d’émotions et son assurance inébranlable, quels que soient les événements qui se mettent en travers de son personnage. Stéphane Demers et Patrick Emmanuel Abellard sont tout aussi épeurants dans leurs rôles respectifs de l’investisseur sans scrupule et de l’avocat qui manie le droit mieux que personne. Le reste de la distribution - Joëlle Paré-Beaulieu, Anne Trudel, Maxime Mailloux - est tout aussi épatante. 

«Manuel de la vie sauvage» est présentée chez Duceppe jusqu’au 9 octobre.