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On parle fort, mais on n’agit pas

Jean-Pierre Ferland
Photo d'archives

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Ah, qu’elle nous a choqués, la question au débat des chefs en anglais !

Ah, qu’elle nous a scandalisés !

Tiens, je vais voter Bloc, moi !

Juste pour leur montrer !

Ils vont voir, crois-moi, mon chum, ils vont voir !

Ça s’passera pas comme ça, oh que non !

FERLAND AVAIT RAISON

Trois jours plus tard, la baloune s’est dégonflée et on n’est plus fâché.

On s’énerve pour autre chose, on déchire notre chemise à propos d’un autre sujet...

C’est comme ça, au Québec : nos montées de lait ne durent jamais longtemps. 

On pogne les nerfs, on colle au plafond, puis on se calme et on file doux...

On revient à la maison, la queue entre les jambes.

Jean-Pierre Ferland avait raison.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Vous vous souvenez de sa chanson Pissou ?

« On pique des colères, on gueule à grands coups 

Mais par en arrière, par en dessous, on est pissou... 

Maudit qu’on critique, maudit qu’on rouspète 

La buée dans les barniques, la broue dans l’toupet

Câlisse de calvaire, les baguettes en l’air 

Mais par en arrière, on prend son trou... 

On se tape les bretelles, on se greffe des tatous 

On joue l’patriote, on joue l’mercenaire

Mais par en arrière, on est pissou... 

On pense qu’on est brave parce qu’on est baveux 

On pense qu’on se révolte quand on est furieux... » 

  • Écoutez l'éditorial de Richard Martineau sur QUB radio:

GENTIL TOUTOU

Tout est là.

On parle fort, mais on n’agit pas.

On jappe, mais on ne mord pas. 

En octobre 1970, on a explosé, mais notre colère nous a fait peur.

Et depuis, on se tient à carreau. On reste dans notre niche à se lécher les bijoux de famille.  

On n’a même pas été capables de mettre un X à côté d’un Oui. 

À deux reprises, on s’est demandé si ça nous tentait de sacrer le camp, et à deux reprises, on a dit : « Ah, finalement, non. Trop de trouble. » 

Il a suffi que le gars qui a mis 500 des nôtres en prison nous promette de rapatrier un vieux bout de papier du château de Westminster et qu’une horde d’Anglaises de l’Ouest viennent nous donner des gros becs mouillés pour qu’on échange nos rêves contre une boîte de biscuits en feuille d’érable. 

C’est plate, mais c’est ça. 

On est bien bon pour péter de la broue devant les cousins, la belle-mère et le beau-frère, mais quand la visite est partie et qu’on se retrouve tout seul, on ouvre la télé et on tète notre bière en regardant des annonces de hachoirs à légumes payables en quatre versements faciles. 

SOULEVER DES MONTAGNES

Savez-vous à quoi je rêve ?

Au jour où on va choisir une autre toune de Ferland comme trame musicale de nos vies.

Un peu plus haut, un peu plus loin, par exemple.

Pas le gars qui s’écrase, mais le gars qui se bat. Qui monte. Qui grimpe.

Pour voir ce qu’il y a en haut. 

En 1975, cette magnifique chanson d’amour (transformée en hymne politique par une Ginette Reno au sommet de son art) a réussi à soulever le mont Royal. 

Pourrions-nous faire la même chose, 46 ans plus tard ?

Ou sommes-nous condamnés à être, pour toujours, des pissous ?