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Projet d'agro-parc: Québec veut acheter les terres des Sœurs de la Charité

Le gouvernement Legault veut acheter les terres des Sœurs de la Charité pour y réaliser un projet novateur

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Après s’être opposé au dézonage des terres des Sœurs de la Charité à Québec, il y a deux ans, le gouvernement Legault a déposé une offre d’achat formelle pour y développer un parc d’innovation agricole, a appris Le Journal.

Si la congrégation religieuse accepte cette proposition déposée jeudi — elle dispose de 21 jours pour le faire — le gouvernement du Québec deviendra l’unique propriétaire des 211 hectares de terres agricoles enclavées au cœur de l’arrondissement Beauport. 

Selon nos informations, le ministère de l’Agriculture souhaite s’inspirer de l’Espagne (Sabadell) et du Vermont (Intervale Center) pour y implanter un « agro-parc » axé sur l’autonomie alimentaire, l’enseignement, la recherche et la préservation de l’héritage historique des lieux.

Bien qu’il ait été impossible de connaître la valeur précise de l’offre, notre Bureau parlementaire a appris qu’elle correspondrait essentiellement à l’évaluation municipale.

La résidence des Sœurs de la Charité. Les terres sont actuellement louées. On y produit des céréales et du soya.
Photo Stevens Leblanc
La résidence des Sœurs de la Charité. Les terres sont actuellement louées. On y produit des céréales et du soya.

La valeur foncière de ces terres anciennes frôlait les 30 millions $ lorsqu’elles ont été rétrocédées en décembre dernier aux Sœurs de la Charité, après l’abandon du projet de « mini-ville » de 6500 unités résidentielles, qui était porté par le promoteur Michel Dallaire, avec l’appui de l’administration Labeaume.

La réalisation de ce projet controversé, sur la table à dessin depuis 2014, passait d’abord par une modification à la vocation agricole des terres, ce que le gouvernement a toujours refusé, deux fois plutôt qu’une, au grand dam de Régis Labeaume.

Enjeu électoral

Avec son offre d’achat, le gouvernement Legault s’invite en quelque sorte dans la campagne électorale municipale, dont l’avenir des terres des Sœurs de la Charité de Québec est un des enjeux.

En mai dernier, le chef de Québec forte et fière, Bruno Marchand, avait promis, advenant sa victoire à la mairie, d’acheter le terrain pour y développer « le plus grand jardin de la ville ».

L’objectif recherché se résumait toutefois à celui d’y empêcher tout développement résidentiel ou commercial.

Québec veut impliquer la Ville et les Sœurs de la Charité dans le développement de son concept.

Le ministère envisage notamment la possibilité de vendre les produits agricoles du futur agro-parc au Grand Marché de Québec et d’utiliser les fertilisants provenant du Centre de biométhanisation de l’agglomération de Québec. 

Il suggère également d’intégrer un parcours historique et pédagogique sur l’héritage agricole des Sœurs de la Charité et souhaite d’éventuels partenariats de recherche avec l’Université Laval.

Il s’agirait d’un jalon posé par le gouvernement afin d’accroître l’autonomie alimentaire du Québec, dont le besoin a été exacerbé avec la fermeture des frontières, pendant la première vague de pandémie.

« Un patrimoine inestimable »

Le projet répond en tout point à ce que plus d’un millier de citoyens ont réclamé en février dernier, dans une pétition déposée à l’Assemblée nationale.

« Les terres des Sœurs de la Charité, par leur qualité agronomique et leur localisation unique, sont des terres agricoles exceptionnelles qui constituent un patrimoine inestimable pour la population québécoise », avait plus tard répondu le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne.

En juin dernier, une lettre ouverte — initiative de l’Institut Jean-Garon et Voix citoyenne — cosignée par 30 groupes et près de 130 citoyens exigeait aussi la protection de la vocation nourricière des lieux.

La saga des terres des Sœurs de la Charité  

1893 : Mise sur pied de la ferme Saint-Michel-Archange (SMA), dont la vocation première est d’approvisionner l’hôpital du même nom, rebaptisé Robert-Giffard en 1976.

2007 : Fermeture de la ferme SMA, déficitaire.

Décembre 2014 : Une société en commandite créée par la Fondation famille Jules-Dallaire achète les terres pour près de 40 M$. 6500 unités devant abriter 20 000 personnes y sont projetées, avec la promesse de verser les profits à des œuvres caritatives.

Novembre 2019 : Québec refuse d’inclure les terres dans le périmètre d’urbanisation de l’agglomération de Québec, ce qui empêche tout développement résidentiel et commercial.

Février 2021 : Dépôt d’une pétition demandant au gouvernement « de procéder à l’acquisition de la totalité des anciennes terres des Sœurs de la Charité [...] pour accentuer l’autonomie alimentaire de la nation québécoise ».

Juin 2021 : Publication d’une lettre ouverte, une initiative de l’Institut Jean-Garon et Voix citoyenne, réclamant la protection de l’avenir « nourricier » des terres.

Septembre 2021 : Le ministère de l’Agriculture dépose une offre d’achat pour en faire un Agro-parc.

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