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Une question de courage

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Les Québécois ont été témoins, lors du débat en anglais de jeudi dernier, d’un niveau de mépris honteux à leur égard. Les réactions ont été vives partout à travers le Québec, notamment chez plusieurs analystes qui, même s’ils sont clairement affichés fédéralistes, ont confessé publiquement avoir été ébranlés dans leurs convictions.

Ce dénigrement du Québec n’est ni une erreur de parcours ni une nouveauté. Lors du débat fédéral en anglais de 2019, l’animatrice avait également énoncé ces accusations à peine masquées de racisme et d’intolérance. Le dérapage de l’émission The Social à CTV et les propos anti-Québécois du professeur Attaran – sans que l’Université d’Ottawa intervienne – ne sont que quelques exemples récents d’un phénomène ancré dans le Canada depuis des décennies: le Québec bashing. Au Canada, la seule forme de racisme et d’intolérance socialement acceptable et acceptée envers une minorité, c’est celle vis-à-vis des francophones et des Québécois.

Plusieurs demandes rejetées

Une personne raisonnable devrait donc normalement se poser quelques questions de base: mais qu’est-ce qu’on fait encore là, dans ce pays qui n’est pas le nôtre? Pourquoi laissons-nous le contrôle de notre argent et de nos décisions à des gens qui nous méprisent? 

Dans ces circonstances, la réaction de François Legault a de quoi étonner. Rappelons que depuis le début de son mandat, son gouvernement a formulé un certain nombre de demandes légitimes auprès d’Ottawa: des transferts en santé de six milliards $ supplémentaires par année, un rapport d’impôt unique géré par Québec, la compétence exclusive en immigration, l’application de la loi 101 aux entreprises fédérales, le rapatriement des budgets en culture, davantage de collaboration aux aéroports et aux frontières... Le constat est sans appel: ces demandes ont toutes été rejetées. Si, en plus de ces refus, les Québécois se font dénigrer et insulter, on s’attendrait à ce que malgré son adhésion ferme au fédéralisme, notre premier ministre fasse comme certains de ses prédécesseurs et agisse concrètement en remettant en question notre place dans ce Canada qui nous méprise.

Mais ce ne fut pas le cas. Face aux insultes, le premier ministre Legault n’avait que de l’indignation et aucun geste substantiel. Il a certes fait écho aux paroles de Bourassa, mais lorsqu’on lui a demandé s’il remettait en question son adhésion au fédéralisme, il l’a plutôt réitérée, tentant de contourner le sujet. François Legault n’a pas fait preuve de courage, vendredi dernier. Au contraire, il est tombé dans la facilité: n’importe qui est capable d’affirmer que la situation est inacceptable. 

  • Écoutez l'entrevue de Richard Martineau avec Paul St-Pierre Plamondon sur QUB radio:   

Le courage

Daniel Johnson a eu le courage d’énoncer le principe «égalité ou indépendance». Robert Bourassa a eu le courage de considérer ouvertement toutes les avenues, dont celle de notre indépendance. Ce ne sont pourtant pas les plus courageux; Lévesque et Parizeau ont consacré leur vie à dire la vérité aux Québécois, à savoir que cette impasse ne cesserait pas tant que nous n’aurions pas notre propre pays. Le gouvernement Legault, en n’étant ni capable de demander formellement des excuses (il a affirmé du bout des lèvres qu’il en «espérait», ce qui clairement ne sera pas suffisant pour engendrer un quelconque résultat), ni capable d’énoncer tout haut la seule solution durable possible, celle de notre indépendance, place le Québec dans une position de faiblesse qui nous condamne à accumuler d’autres insultes et d’autres refus. 

Des excuses

François Legault a beaucoup parlé de «COURAGE» lorsqu’il était dans l’opposition. À l’époque, il reprochait aux libéraux de ne pas avoir le courage d’aller encore plus loin dans les coupes budgétaires et les baisses d’impôt. Or, aujourd’hui, c’est bel et bien de courage que nous avons besoin. Le Canada nous réserve le même déclin linguistique, culturel et économique que celui qu’il a destiné aux francophones dans chacune des autres provinces canadiennes, le tout enrobé d’une épaisse couche de mépris et de dédain. La seule solution est de suivre les traces des premiers ministres qui ont su démontrer du courage au moment opportun, en exigeant des excuses formelles et en mettant de nouveau en avant la seule solution viable: notre indépendance. C’est ce que le Parti Québécois s’engage à faire. Car, contrairement à ce que nous laisse croire François Legault, que l’on obtienne un gouvernement minoritaire conservateur ou libéral ne changera pas grand-chose: le mépris et le fait que nous sommes condamnés à négocier pour des miettes demeureront toujours notre réalité.

Paul St-Pierre Plamondon

Chef du Parti Québécois

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