/news/health
Navigation

CHSLD Herron: une médecin de famille sermonnée par la coroner

La coroner s’attendait à plus du corps médical lors de la crise au CHSLD privé au début de l’an passé

CHSLD Herron: une médecin de famille sermonnée par la coroner
Photo d'archives Agence QMI, Joël Lemay

Coup d'oeil sur cet article

La coroner qui préside les audiences sur les décès survenus au CHSLD Herron a sermonné une médecin de famille, lui reprochant de ne pas en avoir fait plus pour les résidents durant la pandémie.  

• À lire aussi: Legault veut augmenter le salaire de toutes les infirmières

• À lire aussi: CHSLD Herron: «Tout était totalement désorganisé» avant la pandémie

• À lire aussi: «Aucun respect» pour les morts au CHSLD Herron

La médecin de famille Orly Hermon, responsable d’environ 70 patients au CHSLD privé Herron, a répété qu’elle ignorait la gravité de la situation à la résidence, alors qu’elle travaillait en télémédecine. 

Elle avait cessé ses visites hebdomadaires en raison de la COVID-19. 

Pourtant, les décès s’accumulaient. Elle a confirmé avoir signé une quinzaine de constats de décès du 27 mars au 11 avril, après les appels d’employés sur place. La médecin a aussi dit recevoir jusqu’à 30 appels par jour du personnel concernant les résidents pendant cette période. 

Et le 29 mars, une collègue médecin s’était rendue sur place, tout comme la directrice des soins professionnels du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, la Dre Nadine Larente. Cette dernière avait d’ailleurs été si découragée, qu’elle a appelé sa famille en renfort pour nourrir les résidents, selon son témoignage de la semaine dernière. 

La Dre Hermon avait même envoyé un «SOS» par texto à la Dre Larente pour lui signaler le manque de personnel.

«Montée de lait»

Mais la Dre Hermon a assuré qu’on ne l’a pas informée, provoquant une «montée de lait» chez la coroner Géhane Kamel. La médecin a dit savoir qu’il manquait de personnel, mais pas que les résidents n’étaient pas lavés ou nourris. 

«Le lendemain [du 29 mars] c’est clair pour tout le monde que c’est le bordel à Herron [...] C’est dur de croire qu’on n’est pas au courant, pour moi, c’est choquant. La Dre Larente voit des gens dans leur merde, leur pisse, et qui n’ont pas mangé, je m’excuse d’être crue, mais c’est la vérité. Comment est-ce possible que les médecins ne soient pas au courant de ça?» a-t-elle lancé. 

Même si elle a reconnu qu’une directive avait été émise aux médecins leur disant de rester à la maison, Mme Kamel a affirmé s’être attendue à plus. 

«Que ce soit Herron ou ailleurs, des médecins ont dit "so what, on va se rendre sur place, car ce sont nos patients". On se serait peut-être attendu que les médecins aient pu prendre en charge cette situation, crier un peu plus fort, mettre les mains à la pâte», a-t-elle expliqué. 

Grâce aux médias

Une autre médecin de famille au CHSLD Herron en télétravail, la Dre Lilia Lavallée, a témoigné que la décision de se rendre sur place est survenue le 11 avril, à la suite de la parution d’un article dans la Gazette exposant le manque criant de soins. 

La coroner a ainsi voulu remercier publiquement le journaliste Aaron Derfel. «Si cet homme-là ne fait pas l’article, est-ce que de 47 résidents décédés, on serait passé à 130?» s’est-elle demandé. 

C’est aussi seulement après ce premier article qu’un véritable décompte des décès est demandé auprès des médecins qui oeuvraient dans le CHSLD, selon les témoignages entendus. 

Pour sa part, la Dre Hermon a expliqué avoir été très inquiète du manque d’équipements de protection au CHSLD Herron, la freinant à s’y rendre. 

C’est d’ailleurs sa clinique médicale qui a fourni une boîte de masques au CHSLD le 25 mars. Deux jours avant, le directeur en place lui avait dit qu’il n’y avait pas d’équipements de protection, comme des masques ou des gants, dans la bâtisse. 

Elle a aussi relaté avoir approché Emélie Castonguay-Leclerc du CIUSSS pour obtenir de la main-d’oeuvre au CHSLD le 27 mars, mais cette dernière aurait alors refusé de les aider, plaidant que le CIUSSS manquait autant de personnel. 

Appel au 911

Plus tôt dans la journée, la fille d’une résidente a raconté à la coroner avoir appelé la police tellement elle s’inquiétait pour sa mère. 

L’aînée l’a appelé le 28 mars à 23h, car elle était toujours dans son fauteuil roulant au lieu d’être au lit, et que malgré des appels répétés avec sa sonnerie, personne ne venait à son chevet. 

Normalement, elle était couchée vers 20h. Sa fille a alors tenté de rejoindre le personnel, appelant à différents numéros sur les étages, sans succès. Pendant ce temps, sa mère se promenait sur les étages et ne voyait aucun employé, a-t-elle dit. 

Elle-même infirmière, elle commençait son quart de travail dans un hôpital, mais une collègue s’est offerte pour se rendre à Herron. Sur place, elle a cogné et sonné à la porte, mais personne n’a répondu. 

Vers 1h, elle a donc appelé le 911. Les policiers lui ont dit avoir parlé à une infirmière, mais ne pas être rentrés dans le bâtiment, n’ayant pas d’équipements de protection. Sa mère aurait été couchée peu de temps après. 

Peu après, sa mère a développé des symptômes de la COVID-19 et elle a aussi fait un AVC, réduisant énormément ses capacités. Elle est ensuite décédée en octobre au CHSLD Herron.