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François Legault, le nouveau Robert Bourassa?

Point presse François Legault
Photo Chantal Poirier

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Si la tendance se maintient, à moins d’un revirement spectaculaire d’ici le 20 septembre, une victoire minoritaire des libéraux de Justin Trudeau est possible, voire probable.

Si cela s’avère, pour le premier ministre François Legault, la nouvelle serait peu plaisante. Malgré son immense popularité, son appel aux nationalistes de voter conservateur n’aurait eu que peu d’écho. 

Surtout, il se retrouverait à nouveau devant Justin Trudeau. Le même qu’il traite de trop centralisateur et d’inquiétant pour le Québec. Entre les deux premiers ministres, le climat s’annoncerait malaisant. 

Se qualifiant lui-même de « chef de la nation », que ferait alors M. Legault ? 

Depuis la question viciée de l’animatrice du débat des chefs en anglais posée au chef bloquiste – et son rappel du mépris récurrent des élites anglo-canadiennes envers les méchants « racistes » québécois –, des nationalistes rêvent grand. Trop grand. 

Rêver trop grand

Ils imaginent un François Legault outré au point de redécouvrir sa fibre péquiste d’antan de « souverainiste pressé ». Après l’affront de l’échec de l’Accord du lac Meech en 1990, ils étaient aussi nombreux à voir en Robert Bourassa le premier ministre libéral qui, en réaction, ferait l’indépendance. 

Point presse François Legault
Photo d'archives

Bref, le fond de l’air était au délire. Un livre, étrangement intitulé L’accord : comment Robert Bourassa fera l’indépendance, le confirmait.

Petit détail oublié : M. Bourassa n’était pas souverainiste. Sa vision était nationaliste, mais fédéraliste. Quant à M. Legault – et tous les autres ex-péquistes qui l’ont rejoint –, son deuil du projet souverainiste est fait. 

Pour le prouver, il a fondé son propre parti nationaliste-fédéraliste, la CAQ. Et combattu bec et ongles son ancien parti, le PQ. Difficile d’être plus clair.

Or, c’est bien là que sa doctrine autonomiste finira par frapper un mur. La « nation » québécoise aura beau bomber le torse, le reste du pays n’écoute plus depuis longtemps. 

La thèse anti-Meech voulant que tout renforcement des pouvoirs du Québec lui serve à réprimer ses minorités n’a pas pris une ride non plus. Le débat des chefs en anglais en sert une puissante énième démonstration.  

Intérêts économiques

Pour le « chef de la nation », la question demeure ainsi entière. 

Si même Robert Bourassa a échoué, malgré le fait qu’il était nationaliste et fédéraliste, fort de quatre mandats majoritaires et de l’appui fidèle de son homologue fédéral, Brian Mulroney, que pourra bien faire François Legault ? 

Le rêve souverainiste se désagrège. Un sort similaire n’attend-il pas celui d’un Québec autonome au sein du Canada ? Là encore, la réponse mérite un parallèle avec feu Robert Bourassa. 

Comme pour ce dernier, le fédéralisme de François Legault est affaire de « pragmatisme ». Dans son cas, parce que la souveraineté ne se réalise pas. Mais il est aussi affaire d’intérêts économiques. 

Tant jadis chez Robert Bourassa qu’aujourd’hui chez François Legault, impossible en effet de déceler le moindre attachement émotif aux majestueuses Rocheuses ou au son enchanteur des cornemuses par un beau soir d’été à Ottawa.

Comme quoi, en politique, malgré les rejets ou les insultes les plus injustes, il arrive parfois que les mariages d’intérêt durent longtemps.