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J’aurais pu être woke, et fédéraliste!

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Je suis né en 1980, d’un père historien, indépendantiste, et vacciné contre les délires du progressisme mondain qu’on appelle aujourd’hui le politiquement correct. 

Je vénérais mon père, et je le vénère encore. Il est loyal, enraciné, curieux, il ne se laisse pas impressionner par les modes, et a des convictions profondes. 

Mieux : il est courageux. La meute aboyeuse ne l’a jamais intimidé. Il m’a raconté des souvenirs de ses jeunes années d’enseignant, quand le corps professoral de son cégep était emporté par le délire marxiste : il y tenait tête, non pour faire le paon, mais simplement parce qu’il demeurait fidèle à ce qu’il croyait juste.

Père

Avoir un père exceptionnel m’a bien ancré dans l’existence. La transmission culturelle a eu lieu. J’ai toujours été indépendantiste. Et je le serai toujours. S’il n’en reste qu’un, ce sera moi. Et je ne me suis jamais senti obligé d’être « de gauche » pour me sentir moralement recommandable. 

Long préambule. Mais vous devinez la suite. 

Mais je m’imagine né en 1990, ou pire, en 2000, d’un autre père, dans une autre famille, et je vois ce que j’aurais pu devenir. 

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

D’abord et avant tout, j’aurais probablement été étranger à la question nationale, et je n’aurais pas appartenu, par tradition familiale, au noyau indestructible de l’indépendantiste. 

Peut-être aurais-je entendu l’appel de la patrie. Ou peut-être pas. Probablement pas, en fait, si je me fie aux tendances lourdes qui façonnent notre jeunesse. 

Et sans être fédéraliste (fédéraliste est un gros mot, presque un mot avilissant), j’aurais probablement été indifférent à l’idée d’indépendance. Pas à un nationalisme de base, ancré dans l’identité québécoise. Les Québécois connaissent leur pays. Mais serais-je allé au-delà ? J’aurais probablement considéré les souverainistes comme une bande de loosers, accumulant les défaites. 

J’aurais peut-être regardé avec dédain ces braves militants qui refusent de capituler devant le régime canadien. Je me serais contrefiché de la mémoire de René Lévesque et des discours de Lucien Bouchard en 1995. 

Spéculons davantage. Je m’imagine né en 2000, ou en 2003. Sortant du cégep, entrant à l’université, éduqué par les réseaux sociaux, soucieux d’appartenir au groupe et victime du conformisme idéologique, craignant d’avoir mauvaise réputation si je ne répète pas les bons slogans, le cerveau lessivé par le cours ECR, et croyant donc à ces slogans, j’aurais même pu être woke, moi l’anti-woke de combat. Oui. L’individu, disait Marc Bloch, est davantage fils de son époque que de ses parents. 

Mais tel n’est pas le cas. Heureusement.

  • Écoutez la chronique de Mathieu Bock-Côté sur QUB radio:

Jeunesse

Mais je ne désespère pas de la jeunesse perdue, nationalement indifférente, et hypnotisée par le wokisme. Je veux croire que tout Québécois porte en lui, au fond de son âme, le rêve du pays. Je veux croire que la jeunesse porte aussi, en son cœur, un désir de liberté, qui la poussera à se révolter contre un conformisme idéologique qui rend dingue. 

Il nous faut tendre la main à ces âmes perdues, en se rappelant, chacun d’entre nous, que nous aurions aussi pu être fédéraliste et woke.