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La fracture entre le Québec et le Canada s’élargit

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Depuis le débat en anglais, plusieurs s’amusent à dire que si un référendum avait lieu lundi prochain, « le Oui rentrerait comme une balle ».

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Certains redoutent, d’autres rêvent que l’incident rallume la flamme souverainiste au Québec.

Je suis de ceux qui croient que la fracture entre le Québec et le reste du pays s’élargit déjà depuis longtemps. Mais elle est loin d’être la seule à ébranler les fondations du mythe canadien.

Le Québec, l’Alberta, les régions rurales face aux grandes villes, le militantisme progressiste, les lignes de faille se creusent.

Pire, alors que les voies ensoleillées de Justin Trudeau avaient fait miroiter une grande réconciliation nationale, sa réélection repose sur la confrontation. Lui qui célébrait le fait que notre force repose dans nos différences aura choisi de les exacerber pour gagner.

Le Québec

Difficile d’accuser le gouvernement Trudeau d’avoir volontairement aliéné le Québec. Au contraire, Ottawa a tout fait pour acheter la paix.

Internet en région, aérospatiale, garderies, logement, électrification des transports. Autant d’efforts pour démontrer que même un Trudeau peut endosser le fédéralisme asymétrique.

Le mal est ailleurs, plus subtil. 

À force de revendiquer sa différence, le Québec s’est éloigné du Canada, et le Canada s’est désintéressé du Québec.

À ne plus essayer de se comprendre, les préjugés se multiplient et s’amplifient.

Le débat sur la loi 21 est devenu le paratonnerre de cet affrontement idéologique entre la majorité québécoise et les élites du Canada anglais. La langue suivra.

Entre le désengagement des conservateurs et l’opposition passive des libéraux sur la question, l’exception québécoise est redevenue une patate chaude. Une différence à amadouer, mais qui continue à évoluer en marge du reste du pays. 

La majorité silencieuse

Les armes à feu, la lutte contre les changements climatiques ne sont que quelques exemples de la vertu qu’imposent les grandes villes au reste de la population.

C’est la perspective des majorités urbaines, progressistes, qui dominent ces débats litigieux. 

Quelqu’un s’est demandé pourquoi un problème de gangs de rues à Montréal devrait priver un amateur de tir de la Côte-Nord de pratiquer son sport. 

Côté climat, comment un Québec où l’on consomme 10 milliards de litres d’essence par année peut traiter de brebis galeuse l’industrie pétrolière sur laquelle repose une partie de notre prospérité collective ?

Pire, l’immigration et ses défis sont devenus intouchables. Non parce qu’il y a consensus, mais bien par impératif politique. À l’extérieur du Québec, oser remettre en question les excès du multiculturalisme exposerait aux accusations de racisme. 

Féminisme, racisme, réconciliation autochtone, climat. En s’appropriant ces enjeux depuis six ans, le Parti libéral a imposé ses dogmes, les a transformés en arme de destruction politique.

Le débat n’est plus permis. Courtisée pendant si longtemps, face au rouleau compresseur progressiste, la voix de la majorité silencieuse est forcée de se taire.

La vague de changement qui a porté Justin Trudeau au pouvoir en 2015 en avait fait le champion d’une nouvelle unité canadienne. 

Lundi, s’il est réélu, ce sera sur les cendres de cette promesse.