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Legault veut augmenter le salaire des infirmières

La différence entre les agences privées et le public peut atteindre 30%, selon la FIQ

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Sitôt signée, sitôt périmée: François Legault ne croit pas que la nouvelle convention collective des infirmières suffise à stopper l'exode vers les agences privées et propose maintenant une importante hausse salariale.

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«Ce qu’on regarde, ce n’est pas seulement de bonifier la rémunération des infirmières qui vont s’ajouter au réseau public, mais qu’on paye mieux celles qui sont dans le réseau public, au moins de façon temporaire», a lancé le premier ministre mercredi en conférence de presse.   

  • Écoutez la chronique de Geneviève Pettersen avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:   

François Legault est prêt à «offrir les mêmes conditions» que celles offertes par les agences privées. «Je suis ouvert à toutes les possibilités, tous les incitatifs financiers pour s’assurer que ça soit aussi payant pour ces infirmières-là de venir travailler dans le public». 

M. Legault n’a pas chiffré son offre. La présidente du Conseil du trésor Sonia LeBel ne semblait d’ailleurs pas avoir reçu le mémo : elle maintenait de son côté qu’il fallait attendre la mise en œuvre de la nouvelle convention avant d’offrir de nouveaux bonis aux infirmières. Et le coup de barre est important : la différence salariale entre le privé et le public atteint près de 30 %, selon des chiffres présentés par la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ). 

Il manque «au moins» 4000 infirmières dans le réseau québécois, et la situation se détériore de jour en jour. Il y a eu des dizaines de démissions chaque semaine cet été, selon la FIQ. M. Legault compare la situation actuelle dans les hôpitaux à la terrible crise qui a secoué les CHSLD au plus fort de la pandémie. «C’est l’œuf ou la poule : étant donné qu’il manque d’infirmières, les infirmières qui restent doivent travailler plus fort, se découragent, et dans certains cas, elles quittent», a-t-il dit.

Il faut parler du TSO

Mais il faudra davantage pour stopper l’hémorragie, rétorque les syndicats. La présidente de la FIQ Nancy Bédard réclame la fin du temps supplémentaire obligatoire (TSO), du «travail forcé» d’un personnel majoritairement féminin «pris en otage» par les gestionnaires. On exige à des infirmières exténuées de faire des quarts de travail de 16 heures à la chaine, déplore la syndicaliste, qui se demande pourquoi la population accepte cette situation insoutenable.

«Je suis contente d’entendre M. Legault dire qu’il comprend enfin le problème. Il était temps, le bateau a déjà coulé. S’il veut mettre tout son poids pour trouver une solution, on va l’aider. Mais le temps supplémentaire a tué le réseau. Celles qui sont partis ne reviendront pas si elles ne peuvent pas prendre congé et avoir une vie», dit-elle.

Même son de cloche pour Amélie Perron, professeure titulaire à l’École des sciences infirmières de l’Université d’Ottawa, qui compare le TSO à «une plaie» du réseau de santé québécois, sur les ondes de Qub Radio. «Ça devait être une mesure d’exception, et c’est devenu un réflexe, un modèle de gestion», déplore-t-elle.    

  • Écoutez l’entrevue d’Amélie Perron, co-présidente de l’Observatoire infirmier et professeure titulaire à l’École des sciences infirmières de l’Université d’Ottawa   

Tout est sur la table

Le premier ministre a indiqué de son côté que « tout est sur la table » pour rapatrier des infirmières, même une entorse au sacro-saint principe de la double trempette, interdite dans le réseau public. Les infirmières retraitées pourraient recevoir leur pleine pension tout en travaillant à temps plein. Sa sortie suivait le pilonnage de son ministre de la Santé, Christian Dubé, attaqué par tous les partis d’opposition qui l’ont accusé de se traîner les pieds sur ce dossier chaud. La veille, M. Dubé s’est dit «étonné» de l’ampleur de la crise, pourtant connue depuis longtemps. 

«La réalité, c’est que le ministre Dubé, il n’est pas le ministre de la vaccination, il est le ministre de la Santé et il doit se préoccuper de ces enjeux-là», a lancé la cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, en point de presse mercredi.

«On a trouvé la seule personne au Québec qui est surpris de la crise en santé, a ironisé le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois. Ça témoigne d’une déconnexion spectaculaire avec la réalité du terrain.» Selon le nouveau chef parlementaire, l’intervention de mardi du ministre Dubé montre qu’il «devrait regarder un petit moins ses colonnes de chiffres et un peu plus la situation sur le terrain». 

Beaucoup mieux payées au privé  

Si l’État québécois veut concurrencer les agences privées, il devra augmenter les salaires de façon importante.


Salaire au public Salaire au privé Différence en % après soustraction d'une cote de 20% pour l'agence privé
Infirmière clinicienne 45,22 $ l'heure 74,36 $ l'heure 32 % de différence
Infirmière auxiliaire 30,46 $ l'heure 47,65 $ l'heure 25 % de différence
Inhalothérapeute 37,13 $ l'heure 80 $ l'heure 72 % de différence

 

Source : FIQ

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