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Examen de l'Ordre: une infirmière auxiliaire sur deux échoue

Le taux de réussite à l’examen de leur ordre est en chute libre depuis l’an dernier

Laurie Migneault
Photo Chantal Poirier Laurie Migneault angoisse en vue de sa dernière chance de réussir l’examen de l’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec, à la mi-septembre.

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Le taux d’échec « effarant » des infirmières auxiliaires à l’examen pour obtenir leur permis d’exercice depuis le début de la pandémie oblige leur ordre à se pencher sur leur formation et leur évaluation.

Depuis 2020, une candidate sur deux a échoué à l’examen de l’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec (OIIAQ), et ce, après avoir obtenu son diplôme d’études professionnelles (DEP).

Seules 32 %, puis 50,8 % d’entre elles ont eu la note de passage en mars et en juin derniers, alors que 70 %, en moyenne, ont réussi l’examen en 2019. 

Des spécialistes pointent du doigt les bouleversements causés par la pandémie pour tenter d’expliquer ces résultats en chute libre.

« Ce changement dans les taux de réussite, c’est ce que [la crise sanitaire] nous faisait tous craindre », laisse tomber Geneviève Roch, professeure en sciences infirmières à l’Université Laval.

Les experts consultés par Le Journal évoquent la difficulté d’enseigner à distance des connaissances très pratiques, un haut taux de roulement des enseignantes et l’annulation de stages dans certains cas.

« Inévitablement, ça a un effet sur l’enseignement », souligne Ghyslaine Daigle, chargée de cours à l’Université du Québec à Rimouski, qui a longtemps enseigné à la relève des infirmières auxiliaires.

Un tel taux d’échec à l’examen censé couronner leurs efforts lui apparaît néanmoins « effarant ».

Surtout qu’après trois échecs, une candidate ne peut repasser l’examen à moins de recommencer sa formation à zéro. Depuis septembre 2020, 180 candidates à l’examen sur 1826 ont ainsi échoué.

Dure conciliation travail-études

Le quotidien mouvementé des étudiantes, dont plusieurs travaillaient à temps plein tout en élevant des enfants pendant une pandémie, est aussi à considérer.  

« Avec le temps supplémentaire, on n’a plus eu aucune conciliation travail-études », rappelle Laurie Migneault, qui a échoué à l’examen à deux reprises tout en travaillant plus de 40 heures semaine comme préposée aux bénéficiaires, puis comme infirmière auxiliaire supervisée.

« On n’était pas prêtes pour cet examen », affirme l’étudiante de 21 ans qui a fréquenté un centre de formation dans Lanaudière.

Statu quo

La présidente de l’OIIAQ, Carole Grant, reconnaît que les statistiques obtenues par Le Journal au moyen d’une demande d’accès à l’information ont de quoi inquiéter.

L’Ordre a entamé des discussions avec les centres de formation professionnelle, mandaté un comité pour réévaluer leur formation et embauché une firme externe pour se pencher sur son examen.

Mais en attendant des recommandations officielles, « c’est le statu quo. S’il y a lieu de s’ajuster, on s’ajustera », affirme Mme Grant en entrevue.

Bientôt une refonte du programme 

Le ministère de l’Éducation s’apprête à réviser la formation des futures infirmières auxiliaires dans les prochains mois. Chargée de cours à l’Université du Québec à Rimouski, Ghyslaine Daigle estime que le nombre d’heures de la formation « Santé, assistance et soins infirmiers » devrait être revu à la hausse pour refléter l’élargissement du champ d’exercice des infirmières auxiliaires. « Le programme est extrêmement chargé. On a rajouté des compétences, mais les étudiantes ont tellement peu de temps pour les assimiler », juge l’ancienne enseignante en formation professionnelle. En attendant la refonte du programme, le Ministère précise que 14,4 M$ ont été injectés dans la formation des infirmières auxiliaires en contexte de crise sanitaire.