/news/coronavirus
Navigation

CHSLD Herron: plusieurs versions contradictoires entendues lors des audiences publiques

CHSLD Herron
Photo d’archives, Chantal Poirier

Coup d'oeil sur cet article

Une employée administrative du CHSLD Herron a affirmé jeudi ne pas avoir été témoin de scènes d’horreur lorsqu’elle s’est rendue sur les étages, ce qui a provoqué l’incrédulité de la coroner.  

• À lire aussi: CHSLD Herron: une médecin de famille sermonnée par la coroner

• À lire aussi: «Aucun respect» pour les morts au CHSLD Herron

Plusieurs versions contradictoires des événements du printemps 2020 ont été entendues jeudi, lors des audiences publiques présidées par la coroner Géhane Kamel sur les décès survenus au CHSLD Herron. 

«Vous me dites que pour vous [sur les étages] c’était business as usual?» a demandé Mme Kamel à Tina Pettinicchi, responsable des ventes. «Il manquait de personnel, mais les résidents étaient corrects», a-t-elle répondu. 

Le soir du 29 mars 2020, Mme Pettinicchi avait aidé un résident à manger, en plus d’aller porter des plateaux de nourriture à d’autres. 

Pourtant, ce même soir, des témoins ont raconté avoir vu des résidents souillés et mal nourris. La coroner a rappelé que la Dre Nadine Larente avait été si secouée qu’elle avait appelé sa famille en renfort – une image forte qui lui donne l’impression d’une «perception de deux réalités complètement différentes». 

Mme Pettinicchi a répété ne pas avoir vu les scènes aujourd’hui décrites dans les médias. Par contre, elle était «dépassée» dans les jours suivants. Cette dernière a, notamment, affirmé qu’elle multipliait les appels pour trouver du personnel. 

De nombreux employés de l’endroit étaient malades, ressentaient des symptômes de la COVID-19 ou s’étaient fait recommander de s’isoler durant 14 jours, a-t-elle dit. Et les agences contactées n’avaient personne à envoyer. 

Besoin de médecins

Par contre, tout comme une infirmière du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal qui a témoigné avant elle, Mme Pettinicchi a reconnu que la télémédecine compliquait la tâche au CHSLD. 

Fréquemment, les médecins l’appelaient pour entrer en contact avec les infirmières au chevet des résidents, par exemple. 

Leur présence au CHSLD Herron était «vitale» selon l’infirmière et coordonnatrice du CIUSSS, Victorine Leunga, venue prêter main-forte début avril. 

Lors de son témoignage, elle a relaté que les quelques infirmières sur place perdaient un temps précieux à discuter au téléphone avec les médecins, alors qu’elles soignaient des patients dont elles connaissaient peu l’historique médical. 

«Ça aurait été plus bénéfique qu’on ait les médecins», a-t-elle dit, ajoutant que les infirmières gaspillaient aussi leur temps à remplir, pour les médecins à distance, les constats de décès. 

Dès le 8 avril, Mme Leunga a souligné avoir assuré à la médecin de famille Orly Hermon que tout l’équipement de protection était disponible. Ce n’est que le 11 avril, après que la situation fut révélée dans les médias, que les médecins sont retournés à Herron. 

Mercredi, la coroner Géhane Kamel avait d’ailleurs déclaré s’être attendue à plus du corps médical. La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) a jugé les propos de la coroner «injustes et inacceptables». 

Dormir là

Dans un témoignage très émotif, la Dre Adriana Ionescu, la seule des trois médecins de famille à s’être rendue sur place à la fin mars, a déclaré qu’elle «aurait dormi là» si elle avait eu l’équipement de protection nécessaire. 

«Sincèrement, la télémédecine qu’on a faite, ce n’était pas un choix de cœur, c’était un choix stratégique», a-t-elle expliqué. Les médecins estimaient être plus disponibles ainsi pour les patients, alors que les employés du CHSLD Herron tombaient au combat. 

«Je n’avais pas peur de me présenter, une journée de plus ça ne changeait rien pour moi», a-t-elle poursuivi. Le soir du 29 mars et le lendemain, elle s’était d’ailleurs rendue au chevet de ses patients. Sur un étage pour les aînés plus autonomes, ces derniers avaient été en mesure de s’alimenter, par exemple. 

«Au moins, la nuit la plus urgente, vous avez été là», lui a répondu la coroner. 

«Quantités industrielles»

Alors que de nombreux témoins ont relaté que le CHSLD manquait de matériel de protection, le superviseur de l’entretien, Gilles Gareau, a répété que des «quantités industrielles» étaient en stock. 

Des caisses de gants, de masques N95 et du gel désinfectant étaient disponibles, a-t-il énuméré. 

Ce dernier a aussi assuré que jamais les clés du bâtiment n’ont été refusées au personnel du CIUSSS venu en renfort. 

M. Gareau a expliqué avoir eu plusieurs prises de bec, cependant, avec les «gestionnaires» du CIUSSS sur leur façon de fonctionner. 

Situation au Québec

En date du

Cas confirmés

Total

Décès

Total

Vaccins administrés

Total 84 837+ 9 264

Tests effectués

Total 5 195 725+ 35 114

Hospitalisations

Total

Soins intensifs

Total

Voir tous les chiffres