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La nazification du Québec: la suite

Me Anne-France Goldwater
Photo d'archives, Chantal Poirier Toutes les outrances sont autorisées contre le Québec.

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Pour une raison qui m’échappe, Anne-France Goldwater semble persuadée de son génie. Chose certaine, elle ne se distingue pas par la clarté de son jugement. 

Dans le cadre d’une intervention devant le Quebec Community Groups Network, elle s’est autorisée une comparaison entre le projet de loi 96, censé renforcer la loi 101

Laissons de côté le fait que ce projet de loi est manchot, cul-de-jatte et édenté et ne renversera d’aucune manière la tendance à l’anglicisation. 

Diabolisation

Penchons-nous seulement sur le vocabulaire utilisé : pour faire le procès du projet de loi, elle s’est permis une référence à la Gestapo, la police secrète du régime nazi. 

Subtil.

Ainsi, pour Anne-France Goldwater, la référence à l’histoire du IIIe Reich éclaire celle du Québec contemporain. Ensuite, elle a rétropédalé sans vraiment le faire. Elle n’a pas vraiment voulu dire ce qu’elle a dit même si elle l’a dit. Le mot Gestapo est donc sorti comme ça. 

Et il faudrait faire semblant de la croire ? 

  • Écoutez la chronique de Mathieu Bock-Côté au micro de Richard Martineau sur QUB radio:

Hélas, c’est une vieille habitude, chez les Anglos radicaux, qui se sont toujours comportés comme des Rhodésiens locaux de criminaliser notre aspiration collective à protéger notre langue et à la placer au cœur de la vie collective. 

J’ajoute, et c’est essentiel, que si on en trouvera certains pour chipoter sur la référence au nazisme, manifestement contre-productive, parce qu’elle suscite une polémique médiatique, on en trouvera bien moins pour contester cette idée, généralisée au Canada anglais, que notre nation aurait un problème particulièrement grave de racisme – systémique, mais pas exclusivement – et de discrimination. On l’a constaté lors du débat en anglais.

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Dans la communauté anglophone de Montréal, qui n’est qu’une extension au Québec du Canada anglais, cette idée est aussi présente. 

Tant que les Québécois ne se verront pas comme des Canadiens francophones minoritaires dans une province où ils ne sont qu’un groupe ethnique parmi d’autres, ils poseront problème. 

Tant qu’ils se croiront en droit de fixer les paramètres de leur vie collective, de décider de faire le choix de la nation et de la laïcité plutôt que celui du multiculturalisme, ils seront de trop. 

Les Québécois, au fond d’eux-mêmes, le savent. S’ils savent compter, ils savent aussi que notre poids, dans le Canada, ira toujours en diminuant, la démographie imposant sa loi. Ils savent que notre marge de manœuvre collective ne cessera de régresser.

On trouve plusieurs analystes pour expliquer que le Québec et le Canada n’ont jamais été aussi éloignés.

Démographie

C’est vrai. 

Mais cela pourrait ne plus être vrai demain : la mutation démographique engendrée par l’immigration massive entraînera plus tôt que tard l’effacement de l’identité québécoise. Nous recevons bien plus que nous ne pouvons intégrer. Et le Canada, chez nous, fabrique des Canadiens et nous empêche de fabriquer des Québécois.

Le Canada est en train de nous digérer. 

Peut-être connaissons-nous en ce moment notre dernier spasme. 

Il faudrait agir avant qu’il ne soit trop tard!