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N'appelez pas cela du fédéralisme!

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Je sais, vous vous foutez pas mal de Jagmeet Singh. Honnêtement, moi aussi.

Il a cependant lancé une des phrases les plus « éclairantes », si je puis dire, de toute la campagne : « Un vrai leader ne se soucie pas des champs de compétence. » Wow !

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Pardon ?

Ceux qui votent, par conviction, pour les libéraux ou le NPD sont généralement qualifiés de « fédéralistes ».

  • Écoutez la chronique de Joseph Facal avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Si vous lisez les théoriciens classiques du fédéralisme, comme K.C. Wheare, vous découvrirez que le régime politique canadien n’est pas vraiment fédéral.

Dans un régime authentiquement fédéral, le gouvernement central et les gouvernements des provinces sont autonomes dans leurs champs de compétence.

Leurs pouvoirs respectifs ne peuvent être unilatéralement changés par la volonté de l’un d’eux.

En ce sens, il n’y a pas un gouvernement « supérieur » et des gouvernements « inférieurs », mais un gouvernement central et des gouvernements régionaux, chacun souverain dans ses champs de responsabilité.

Ce n’est pas une relation du même type que celle entre le gouvernement du Québec et les municipalités, puisque ces dernières ne détiennent aucun pouvoir reconnu et protégé par la Constitution.

De plus, pour qu’un régime soit authentiquement fédéral, dans les faits et non en théorie, il faut que chaque ordre de gouvernement ait les ressources financières requises pour pouvoir s’acquitter de ses responsabilités.

Sinon, le partage des responsabilités n’est que poudre aux yeux.

En gros, c’est ainsi en Allemagne, en Suisse, en Australie, etc., ce qui ne veut pas dire, bien sûr, qu’il n’y a pas des tensions occasionnelles entre ordres de gouvernement.

Le Canada ne fonctionne pas ainsi. 

Revenons à la phrase de Singh plus haut. Elle aurait pu être prononcée par Trudeau fils, Trudeau père, Chrétien, etc.

Pour eux, le « leadership », c’est de respecter l’autre seulement quand cela leur convient. 

Combien d’exemples concrets, y compris en éducation, voulez-vous ? Dix, trente ? 

Imaginez un citoyen qui dirait : « À partir d’aujourd’hui, je n’obéirai qu’aux lois qui me conviennent et au moment où je le déciderai. »

Il assumerait son « leadership » ?

Voilà la mentalité dominante, depuis des décennies, au PLC et au NPD.

Les conservateurs sont-ils, historiquement, davantage respectueux des compétences provinciales ? En gros, oui. 

Pour ce qui est des ressources financières, c’est simple : le gros de l’argent est à Ottawa, alors que les responsabilités les plus coûteuses (santé et éducation) sont provinciales.

Au lieu de réaménager la fiscalité, Ottawa fait chanter les provinces : je vous donnerai un plus gros chèque si vous dansez sur ma musique. 

Chantage

Chaque fois qu’il y a des ratés dans une province, comme nos CHSLD pendant la pandémie, ou qu’il y a des points politiques à marquer en lançant un programme populaire, comme des garderies, alors là, tout d’un coup, le partage des compétences n’existe plus.

Ottawa laisse entendre que lui ferait mieux... comme sur les réserves indiennes.

On rebaptise ce coup de force : « leadership ».

Appelez cela comme vous voulez, mais n’appelez pas cela du fédéralisme.