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Scandale d'Ischgl: la gestion de la pandémie devant les tribunaux en Autriche

Scandale d'Ischgl: la gestion de la pandémie devant les tribunaux en Autriche
Photo AFP

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Vienne | Le premier procès d’une longue série intentée par des familles endeuillées par la COVID-19 dans les Alpes autrichiennes au tout début de la pandémie s’est tenu vendredi à Vienne, avec une question au cœur des débats: les autorités auraient-elles pu éviter la formation d’un tel cluster ? 

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Plus de 6 000 personnes originaires de 45 pays affirment qu’elles ou leurs proches ont été contaminés dans la station d’Ischgl ou dans les environs en raison de négligences et d’une gestion chaotique en mars 2020.

Au total, 32 personnes sont décédées, selon l’association de consommateurs VSV qui regroupe les procédures.

L’audience de trois heures, qui s’est conclue en début d’après-midi, inaugure un marathon judiciaire pour un dossier tentaculaire: une quinzaine de plaintes sont déjà recensées.

La magistrate Catrin Aigner s’est penchée sur celle déposée par l’Autrichienne Sieglinde Schopf, qui n’était pas présente au palais de justice du fait de son état psychologique, et son fils Ulrich, assailli par les médias, a constaté un journaliste de l’AFP.

C’était il y a un an et demi: Hannes Schopf, un fervent skieur de 72 ans, partait rejoindre les pistes enneigées de la station du Tyrol, d’où s’est répandu le virus comme une traînée de poudre en Europe.

À la gare, son épouse depuis près de 50 ans se souvient de l’avoir serré dans les bras pour la dernière fois. Quelques semaines plus tard, il mourait du Covid-19, seul dans la chambre d’un hôpital situé près de Vienne.

Réaction «tardive»

«Mon monde s’est écroulé», confiait en avril à l’AFP la septuagénaire qui s’en veut toujours de l’avoir encouragé à faire une escapade. «Je ne peux pas me pardonner car au final, je l’ai envoyé à la mort».

Son avocat Alexander Klauser, qui s’est exprimé au cours d’une audience très procédurale, estime que la liste des manquements est longue.

Il a demandé la convocation de témoins, une requête rejetée par la juge qui rendra sa décision par écrit à une date indéterminée. Peter Kolba, responsable de l’association VSV, a d’ores et déjà prévenu qu’il ferait appel en cas de défaite.

Selon un rapport d’experts indépendants, une première alerte émise dès le 5 mars par l’Islande, qui s’alarmait du retour de voyageurs contaminés à Ischgl, a été ignorée. Les skieurs ont continué à s’entasser dans les cabines téléphériques, tandis qu’en soirée la fête battait son plein dans les vallées.

«Le 8 mars, il a été clairement établi que le personnel touristique d’Ischgl avait contracté le virus, mais cette fois encore la réaction a été trop faible, trop lente, trop tardive», dénonce l’avocat auprès de l’AFP, alors que le virus flambait déjà de l’autre côté de la frontière en Italie.

Il estime que tout a été fait pour minimiser la gravité de la situation et permettre à la saison de se poursuivre comme si de rien n’était, par crainte de l’impact financier pour «l’influent» secteur touristique du Tyrol.

Quelques jours plus tard, le chancelier conservateur Sebastian Kurz a décrété un confinement local et demandé à des milliers de touristes de quitter les lieux en quelques heures, ce qui selon les victimes et leurs proches aurait précipité la catastrophe.

«Cacher l’affaire»

Sieglinde Schopf est convaincue que son mari a été exposé au virus pendant cette évacuation. Elle réclame à l’État 100 000 euros de dommages et intérêts, une somme qui sera versée à une association caritative, a précisé son fils.

«Ce que nous voulons, c’est que les autorités reconnaissent que des erreurs ont été faites» et éviter qu’une telle tragédie ne se reproduise, a insisté Ulrich Schopf, apparu déterminé vendredi devant la presse.

Jusqu’à présent, elles «ont voulu cacher toute l’affaire sous le tapis», s’est-il insurgé.

Les responsables politiques nient tout manquement, estimant avoir agi en l’état des connaissances à leur disposition à ce moment-là.

Dans ce scandale, cinq personnes, dont Werner Kurz, le maire d’Ischgl, font l’objet d’une enquête pour «administration intentionnelle ou par négligence de maladie transmissible ayant porté atteinte à l’intégrité physique ou psychique d’autrui».

Le parquet d’Innsbruck, le chef-lieu du Tyrol, a transmis le dossier au ministère de la Justice, sans que l’on sache si des poursuites pénales seront finalement engagées.

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