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En politique étrangère, Biden tarde à se démarquer

En politique étrangère, Biden tarde à se démarquer
AFP

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Huit mois après son assermentation, même s’il n’est pas encore parvenu à faire regretter son prédécesseur, Joe Biden déçoit avec sa politique étrangère. 

Le monde attendait beaucoup de Joe Biden. Huit mois après avoir salué avec un immense soupir de soulagement le départ de son prédécesseur, certains partenaires internationaux des États-Unis commencent toutefois à déchanter.

On s’attendait à mieux

À l’exception possible de la droite israélienne pure et dure et d’une poignée d’autocrates au Moyen-Orient et en Europe de l’Est, rares sont ceux qui voyaient la présidence Trump comme l’âge d’or de la politique étrangère des États-Unis. Trump avait abandonné l’effort global de lutte aux changements climatiques. Il a entretenu le désordre au Moyen-Orient en bazardant l’accord nucléaire avec l’Iran. Il a donné un statut inespéré au dangereux régime de Kim Jong-un en Corée du Nord. Il a abandonné le Partenariat transpacifique (PTP), qui représentait un espoir de faire contrepoids à l’ascension économique de la Chine. Et surtout, il a poussé à bout la patience de ses plus importants alliés occidentaux en menaçant les fondements mêmes de l’Alliance atlantique. Bref, sous Donald Trump, le leadership international des États-Unis était en chute libre.

Avec l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, on était en droit de s’attendre à un coup de barre dans ces domaines où la politique extérieure américaine a été amochée par le précédent locataire des lieux. Or, à l’exception notable de ses engagements de redonner aux États-Unis un rôle de leadership dans la lutte aux changements climatiques, la politique étrangère de Joe Bident tarde à se démarquer nettement de celle de Donald Trump.

Normaliser la politique étrangère de Trump?

C’est ce que déplore, entre autres, l’analyste Fareed Zakaria dans le Washington Post, qui se demande si Joe Biden n’est pas en train de normaliser la politique étrangère de Trump au lieu de donner le coup de barre qui s’imposait.

Dans le dossier du retrait des troupes américaines d’Afghanistan, par exemple, même si le chaos qui régnait sur le terrain et l’incapacité de l’État fantoche afghan d’opposer quelque résistance que ce soit à la poussée des talibans ne peuvent pas être mis entièrement sur le compte d’erreurs de l’administration Biden, il est vrai que plusieurs alliés ont reproché aux Américains d’avoir procédé d’une façon unilatérale qui plaçait leurs ressortissants toujours en Afghanistan dans des situations problématiques.

Cette semaine, l’abandon par l’Australie, au profit des États-Unis, d’une entente avec la France pour la fourniture et l’entretien de sous-marins nucléaires est venu jeter encore un peu d’huile sur le feu et provoquer une vive réaction de la part de la France. Il est peut-être vrai que cette entente consolide la présence américaine dans la région indo-pacifique et pourrait représenter un avantage stratégique à long terme pour les États-Unis, mais la façon cavalière avec laquelle cette entente a été mise en place, sans aucune consultation préalable avec les alliés et sans même avertir le gouvernement français, représente un sérieux pas en arrière dans la tâche de reconstruction des liens de confiance entre les États-Unis et un de ses plus importants alliés européens.

Le risque nucléaire demeure

L’accord nucléaire avec l’Iran est un autre dossier qui préoccupe les observateurs. Cet accord n’était pas parfait, mais il avait rempli ses modestes promesses en freinant pour un temps la progression du programme nucléaire iranien. En politique étrangère, c’était l’un des rares succès presque universellement reconnus de la présidence Obama, auquel Biden n’avait pas hésité à s’associer. Le candidat Biden avait fortement critiqué Trump pour avoir abandonné l’accord, alors la moindre des choses à laquelle on aurait pu s’attendre dans les premiers mois de son administration aurait été un effort minimal pour tenter de le réhabiliter. Ces efforts ne sont pas venus et l’administration Biden a plutôt choisi de faire sienne l’approche des sanctions unilatérales mise de l’avant par son prédécesseur.

Face à l’autre menace nucléaire que son prédécesseur avait tenté d’amadouer, en vain, Joe Biden fait également preuve d’une aversion au risque qui l’amène à adopter une position attentiste dont le petit dictateur de Pyongyang semble bien s’accommoder, alors que son programme de développement d’armes nucléaires et de missiles à moyenne et longue portée continue d’avancer. L’administration Biden a publié au printemps les grandes lignes de sa nouvelle approche face à la menace nord-coréenne, mais si Biden semble très peu disposé à donner au régime la reconnaissance que lui accordait Trump, sa volonté de sanctionner les écarts de conduite n’a pas encore été démontrée clairement.

Occasion ratée

Dans le domaine commercial, Joe Biden avait aussi approuvé l’initiative de Barack Obama de former un bloc commercial avec ses partenaires de l’Asie et du Pacifique (le PTP) pour faire contrepoids à la domination économique de la Chine dans cette région. Non seulement l’administration Biden a-t-elle apparemment renoncé à cette approche, mais elle semble s’être laissé doubler par la Chine, qui vient tout récemment de poser sa candidature pour rejoindre le PTP et remplir le vide de pouvoir laissé par le géant américain. Si ce projet se concrétise, ce sera une autre occasion manquée pour les États-Unis de poser les jalons concrets d’une réelle politique d’équilibre des puissances face à la Chine.

Ces problèmes n’enlèvent pas le mérite qu’on peut attribuer à Joe Biden d’avoir levé la lourde hypothèque qu’aurait représentée, pour les États-Unis, la poursuite de l’affaiblissement des valeurs et des institutions démocratiques entamée pendant le mandat de Donald Trump. Ce risque n’a toutefois pas disparu et si Joe Biden ne donne pas un sérieux coup de barre à sa politique étrangère et qu’il ne parvient pas à prévenir un retour en force de Trump ou du trumpisme à la tête de l’État américain, l’Histoire ne sera pas très généreuse envers sa présidence.