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Guide de l’électeur: avec un gouvernement minoritaire, tout peut arriver

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Si la tendance se maintient, les électeurs éliront à nouveau un gouvernement minoritaire à Ottawa, ouvrant la porte à bien des scénarios, expliquent des experts. 

Scénario 1  

Encore un gouvernement minoritaire ? 

Photo d'archives, AFP

Rien n’est joué jusqu’au soir des élections, mais tout pointe vers un gouvernement minoritaire. Reste à savoir s’il sera libéral ou conservateur.  

« Le scénario le plus probable est un gouvernement minoritaire », convient le créateur du site Qc125, Philippe J. Fournier, qui fait l’agrégation des sondages pour projeter le nombre de sièges prévus pour chaque parti. 

Mais M. Fournier met un bémol sur cette projection. 

« J’ai quand même une chance sur six que ce soit un gouvernement libéral majoritaire. Ce n’est pas beaucoup, mais c’est quand même un roulement de dés. Ce n’est pas impossible », dit-il. 

De plus, même un gouvernement minoritaire libéral qui aurait pratiquement les 170 sièges requis pour gouverner sans appuis serait difficile à déloger, souligne Philippe J. Fournier. « S’ils gagnent, par exemple, avec 167 sièges, ce sera pratiquement une majorité, parce qu’il faudrait que tous les partis d’opposition se mettent ensemble pour les faire tomber, ce qui est très peu probable à moins d’un scandale », souligne-t-il. 

Photo d'archives, AFP

Des luttes serrées

En fait, l’élection du futur gouvernement risque de se jouer dans une poignée de comtés. Au Québec, c’est le vote en faveur du Bloc québécois qui donnera plus ou moins de sièges aux libéraux. 

Philippe J. Fournier note que la formation d’Yves-François Blanchet est impliquée dans toutes les luttes serrées au Québec, généralement aux dépens du Parti libéral. 

En Ontario et dans l’Ouest, le parti de Maxime Bernier pourrait également jouer les trouble-fête en allant grappiller suffisamment de votes pour priver les conservateurs de certains sièges.

Scénario 2  

Le suspense risque de durer... 

Photo d'archives

En raison du contexte pandémique, un peu plus d’un million d’électeurs ont réclamé leur bulletin de vote par la poste comparativement à environ 5000 en 2019. À cela s’ajoutent quelque 200 000 Canadiens qui se trouvent hors de leur circonscription. Au total, 1,2 million de personnes pourront donc soit envoyer leur vote par voie postale, soit le déposer dans l’urne le jour du scrutin.

Comme le décompte de ces voix débutera seulement au lendemain des élections générales, certains résultats pourraient souffrir d’un délai. 

À la mi-août, le directeur général des élections du Canada, Stéphane Perrault, évoquait un retard maximum de cinq jours dans certaines circonscriptions. Toutefois, à ce moment-là, son organisme anticipait environ deux fois plus de votes postaux que ce que les Canadiens ont finalement réclamé.  

Quant aux difficultés de recrutement de personnel pour le jour du vote, le porte-parole d’Élections Canada assurait cette semaine que les postes étaient en voie de se combler. 

Pour Éric Montigny, directeur scientifique de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires, la pénurie de scrutateurs dans certaines circonscriptions pourrait entraîner un cafouillage, notamment en créant de longues files d’attente. 

Mais il ne craint pas une contestation des résultats, comme lors de la présidentielle américaine l’an dernier. Un récent sondage Environnics démontre que les Canadiens ont confiance en leurs institutions, une tendance qui s’est accrue avec la crise. 

Scénario 3  

Une coalition ? Pourquoi pas ! 

Photo d'Archives, AFP

Une fois le résultat connu, plusieurs scénarios sont possibles dans le cas où aucun parti n’obtiendrait une majorité. 

Une formation élue avec une minorité de sièges pourrait proposer à un adversaire de faire alliance afin de diriger un gouvernement de coalition, et devenir ainsi majoritaire en Chambre. 

« Il n’y a rien qui l’empêche, outre le fait que ce n’est pas dans nos mœurs », souligne le constitutionnaliste Patrick Taillon. Même si cette option est disponible, les gouvernements préfèrent généralement tenter de se faire réélire à la première occasion, avec une majorité de sièges, analyse-t-il. 

Le professeur à l’Université Laval estime qu’un gouvernement d’union avec des ministres libéraux de Justin Trudeau et néo-démocrates de Jagmeet Singh est le scénario de coalition le plus réaliste. Après tout, Justin Trudeau gouverne très à gauche, souligne-t-il. Mais il faut dire qu’une telle alliance avait été tentée par Stéphane Dion, quand il dirigeait les troupes libérales, avec un résultat désastreux. 

À l’autre bout du spectre, une alliance des conservateurs avec le Bloc québécois est moins envisageable, juge-t-il. La formation souverainiste est perçue comme politiquement « toxique » pour un parti fédéraliste.

Scénario 4  

Trudeau pourrait s’accrocher (et c’est légal) 

Dans le cas où aucun parti n’obtient un gouvernement majoritaire, le gouvernement Trudeau pourrait choisir de demeurer en poste, même avec moins de sièges que son adversaire conservateur.  

« Les sortants ne sont pas sortables, résume le constitutionnaliste Patrick Taillon. Justin Trudeau peut demeurer au pouvoir et personne ne peut le sortir de là, sauf un vote de non-confiance de la Chambre. » 

Par exemple, après les élections de 2018 au Nouveau-Brunswick, le libéral Brian Gallant a tenté de demeurer en poste avec 21 sièges, contre 22 pour son adversaire conservateur (mais 6 % plus de votes). Les libéraux néo-brunswickois ont perdu le vote de confiance dès le discours du trône, pavant la voie à un gouvernement conservateur, mais il aurait pu en être autrement. 

« Dans le cas qui nous occupe, Justin Trudeau pourrait se croire capable de voter un budget avec le NPD, une réforme de la Loi sur les langues officielles avec le Bloc québécois, etc. », illustre M. Taillon.

Scénario 5  

Les perdants au pouvoir 

Un autre scénario permettrait de placer carrément les perdants au pouvoir.  

C’est ce qui est arrivé en Colombie--Britannique, en 2017, quand la libérale Christy Clark a été réélue avec seulement 43 sièges. Lorsque celle-ci a perdu son premier vote de confiance, les néo-démocrates et les verts ont fait alliance pour gouverner avec seulement un siège de plus que les libéraux. 

Les verts n’étaient pas représentés au Conseil des ministres, mais le gouvernement reposait sur un programme législatif commun. 

« C’était vraiment une coalition. On n’allait pas chercher leur appui enjeu par enjeu », explique Éric Montigny, professeur de science politique à l’Université Laval.  

Un danger guette toutefois les partis qui se laissent tenter par cette option. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une alliance des perdants, Éric Montigny donne l’exemple du gouvernement de David Cameron, en Grande-Bretagne. Les libéraux-démocrates ont pâti de leur alliance avec le gouvernement conservateur, où ils avaient obtenu des postes ministériels. 

« Ils ont eu beaucoup de difficulté, par la suite, parce qu’ils étaient associés à l’agenda conservateur. Aux élections suivantes, ils se sont effondrés », explique Éric Montigny.