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«La Métamorphose»: un confinement qui finit mal

«La Métamorphose»: un confinement qui finit mal
Le Journal de Québec

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C’est l’histoire d’un homme, seul, confiné dans sa chambre, qui se transforme en insecte, sans comprendre pourquoi, et qui va devoir accepter de vivre avec sa différence. Ce n’est pas une victime collatérale de la pandémie, mais plutôt le synopsis de la pièce «La Métamorphose», d’après Kafka, présentée à compter du 22 septembre, au Théâtre Denise-Pelletier. 

Claude Poissant, qui signe l’adaptation et la mise en scène de cette pièce, rêvait de monter ce spectacle depuis près de 20 ans. «En prenant la direction artistique du Théâtre Denise-Pelletier, je me suis dit que c’était le temps de trouver quelqu’un pour adapter ce roman intemporel et universel de Kafka. Finalement, je me suis trouvé, probablement parce que je connaissais bien le récit, que j’ai même déjà joué dans une adaptation très expérimentale au Quat’Sous, dans les années 1980. C’était la première fois depuis longtemps que je me replongeais dans l’écriture.»

Pour l’occasion, il a transposé l’histoire dans le Québec des années 1960 sans véritablement changer le fond de l’histoire, hormis quelques adaptations sommaires. «Mais ce n’est pas dessiné à gros traits, le récit surréaliste demeure. J’ai juste rapproché l’action de moi, je l’ai mise 50 ans plus tard et en Amérique au lieu de l’Europe. Ça donne des changements inévitables.»

Poissant raconte donc la véritable histoire de Kafka, mais à sa façon. Il explique qu’à un moment donné de l’adaptation, il a ressenti le besoin de s’éloigner de l’emprise de l’auteur original sur son texte. «Je me suis dit qu’il fallait que je fasse ce dont j’avais envie. À partir de ce moment-là, j’ai eu une grande liberté, donc plus de plaisir et plus de créativité.»

Un écho surprenant

La pièce parle notamment de la différence et de comment vivre avec ou face à cette différence, un thème éminemment actuel, alors que notre société valorise la diversité, même si elle continue de l’exclure. «Dans la pièce, chacun doit adapter son vécu par rapport à la différence. On veut tous comprendre et accepter toutes les formes de différences, mais la peur du changement fait que certains y vont à petits pas. Quand on se replonge dans les années 1960, dans un petit village du Québec, un peu clos face à l’extérieur, il y avait une peur de la différence qui était peut-être davantage une incompréhension. Il a fallu un grand apprivoisement. Aujourd’hui, on est devant des changements de plus en plus rapides, et l’être humain doit s’adapter. Malheureusement, il y en a qui ne comprennent pas.»

Public ado

Sur scène, Claude Poissant a choisi de suggérer plutôt que de montrer. «Gregor va découvrir en même temps que les spectateurs qu’il est en train de se transformer et qu’il devra vivre avec sa nouvelle identité. Je voulais que les gens le voient sans le voir. On va sentir sa présence en tant qu’insecte par toutes sortes de moyens, mais on ne pourra pas le décrire exactement. Je vais laisser les gens se faire leur propre image.»

La vocation du Théâtre Denise-Pelletier est d’accueillir également un public scolaire. Le metteur en scène pense que ces spectateurs vont pouvoir tisser des liens avec ce qu’ils ont vécu dans les derniers mois. «Ils viennent d’être confinés dans leur propre monde, dans leur espace familial, dans une certaine solitude sociale et amicale. Il y a donc une reconnaissance possible par rapport à ce qu’ils vont voir sur scène. Cela devrait engendrer une certaine réflexion, et ils vont pouvoir tirer leurs propres déductions. Cette histoire peut s’appliquer à tout être humain.»

«La Métamorphose», d’après Kafka, est une adaptation mise en scène par Claude Poissant. La distribution comprend Geneviève Alarie, Alex Bergeron, Myriam Gaboury, Alexander Peganov et Sylvain Scott. La pièce sera présentée au Théâtre Denise-Pelletier du 22 septembre au 16 octobre.