/weekend
Navigation

Maria Chapdelaine: revisiter le mythe

Maria Chapdelaine
Photo courtoisie, MK2 Mile End La jeune actrice Sara Montpetit fait ses débuts au grand écran sous les traits de Maria Chapdelaine, figure mythique de la littérature québécoise.

Coup d'oeil sur cet article

Le cinéaste Sébastien Pilote a toujours senti un lien profond avec le roman Maria Chapdelaine. D’abord parce que cette histoire écrite par Louis Hémon en 1913 se déroule dans son coin de pays, au Lac-Saint-Jean. Mais aussi parce que les personnages du livre lui ont toujours rappelé certains membres de sa famille, dont sa mère. L’idée de réaliser une nouvelle adaptation cinématographique de ce classique de la littérature québécoise lui est donc venue naturellement. 

« Même s’il y avait eu 10 adaptations de Maria Chapdelaine avant, j’aurais quand même voulu faire la onzième », lance sans hésiter Sébastien Pilote, en entrevue au Journal

« Ça me paraissait naturel. C’est comme si cette histoire m’appartenait. C’est mon monde, mon territoire. Je viens de Saint-Ambroise, qui est tout près de Péribonka [le village où Hémon a écrit le roman]. Je connais ces terres, ces épinettes... »

C’est en relisant le livre par hasard pendant qu’il préparait le tournage de son film Le démantèlement, il y a une dizaine d’années, que Sébastien Pilote (Le vendeur) a eu cette révélation.

« Je me suis dit : ça va être mon prochain film. J’y ai vu l’occasion de faire à la fois un western classique à la John Ford et une sorte de mélodrame domestique américain. C’était aussi un film qui me semblait faisable parce que c’est un huis clos familial dans une petite maison isolée en forêt. Finalement, le film a été tellement long à monter et à écrire que j’ai eu le temps d’en tourner un autre entre-temps [La disparition des lucioles]. Mais Maria Chapdelaine s’inscrit dans la continuité naturelle du Démantèlement. »

Tourné dans la région de Normandin, à l’hiver et à l’été 2020, Maria Chapdelaine suit le quotidien des Chapdelaine, une famille vivant au rythme des saisons, sur une terre isolée aux abords de la rivière Péribonka, au début des années 1910. À 16 ans, Maria (Sara Montpetit), la fille aînée de la famille, doit déjà commencer à songer à se trouver un mari. Son cœur bat pour François Paradis (Émile Schneider), un ami d’enfance devenu coureur des bois. Mais quand celui-ci disparaîtra en forêt, elle devra choisir entre ses deux autres prétendants : Eutrope Gagnon (Antoine Olivier Pilon), son voisin, et Lorenzo Surprenant (Robert Naylor), un Canadien français émigré au Massachusetts. 

Fidèle au roman

L’histoire de Maria Chapdelaine a déjà été portée au grand écran à trois reprises dans le passé : la première fois en 1934 par Julien Duvivier, la seconde en 1950 par Marc Allégret et la troisième en 1983 par Gilles Carle, avec Carole Laure dans le rôle-titre. Même s’il a été marqué par la version de Carle pendant sa jeunesse, Sébastien Pilote n’a pas voulu revoir les trois précédentes adaptations cinématographiques du livre avant de tourner la sienne.

« Je suis vraiment parti du roman, un peu comme quand on part d’une pièce de théâtre », explique le réalisateur en insistant sur le fait qu’il a voulu rester fidèle au récit et à la langue de Louis Hémon.

Aussi, contrairement aux précédentes adaptations, Pilote a tenu à confier le rôle-titre de son film à une actrice qui avait sensiblement le même âge que le personnage. Après avoir vu plus de 1000 jeunes filles en audition, il a jeté son dévolu sur Sara Montpetit, qui était âgée de 18 ans au moment du tournage. À titre de comparaison, Carole Laure avait plus de 30 ans quand elle a tourné dans le Maria Chapdelaine de Gilles Carle.

« C’était essentiel pour moi [que l’actrice ait le même âge que le personnage] », indique Sébastien Pilote. 

« Maria Chapdelaine est devenue dans la tête des gens une sorte de sainte-nitouche, une femme un peu taiseuse. Si tu as 30 ans et que tu vis dans le bois avec tes parents en 1910, tu es vraiment une vieille fille. Mais Maria Chapdelaine n’est pas une vieille fille. C’est une fille de 16 ans qui est déjà rendue à l’âge où elle doit songer à se marier. Elle a un peu de pression. Mais c’est une jeune fille qui est à la fois dans le monde de l’enfance et dans celui des adultes. »

Était-ce nécessaire de revisiter la mythique histoire de Maria Chapdelaine pour une quatrième fois au cinéma ? Si certaines personnes vont certainement se poser cette question, Sébastien Pilote, lui, n’a jamais douté de la pertinence de faire un nouveau film sur le sujet.

« Au théâtre, on adapte Shakespeare depuis toujours et on ne se pose pas ce genre de question, rappelle-t-il. L’histoire de départ, c’est juste un prétexte pour faire du cinéma. Je raconte quelque chose de nouveau avec cette histoire, j’en suis convaincu. Je souhaite que les gens aillent voir le film et qu’on arrête de penser que c’est du réchauffé. »


Maria Chapdelaine prend l’affiche le 24 septembre. 

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.