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Des légumes exotiques en Estrie

Un agriculteur d’origine haïtienne réussit à cultiver des produits qu’on retrouve en Afrique et dans les Antilles

Jardins Lakou
Photo Nora T. Lamontagne Jean-Philippe Vézina fait pousser de l’okra, un légume très utilisé dans la cuisine cajun, aux Jardins Lakou.

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DUNHAM | Un maraîcher de l’Estrie est parvenu à faire prospérer en sol québécois des légumes qui poussent habituellement à foison dans les Antilles et en Afrique.

« Il y a beaucoup d’expérimentations, de lectures, de recherches et d’erreurs pour pouvoir les adapter au climat d’ici », admet d’emblée Jean-Philippe Vézina, propriétaire des Jardins Lakou, de Dunham. 

L’amarante pousse bien en sol québécois, comme la plupart des légumes-feuilles.
Photo Nora T. Lamontagne
L’amarante pousse bien en sol québécois, comme la plupart des légumes-feuilles.

Derrière lui s’étendent 3,5 acres où tomates, aubergines et concombres côtoient des légumes plus exotiques qui remplissent les paniers hebdomadaires d’une soixantaine de ses abonnés. 

Là, pousse une collection de piments forts, ici, de juteuses baies orangées aussi communes que de la mauvaise herbe en Afrique, et un peu plus loin, des plants d’épinards égyptiens au goût prononcé. 

En cette époque de récolte abondante, il est facile d’oublier tous les efforts et les embûches que Jean-Philippe Vézina a rencontrés pour en arriver là. 

La morelle, une petite baie sucrée, peut être transformée en confiture.
Photo Nora T. Lamontagne
La morelle, une petite baie sucrée, peut être transformée en confiture.

À partir de zéro

En 2019, quand il a décidé de louer un lopin de terre à Dunham et d’effectuer un changement de carrière, le gestionnaire d’organismes communautaires n’avait aucune « vraie » expérience en agriculture. 

Le concombre des Antilles n’a presque pas d’amertume.
Photo Nora T. Lamontagne
Le concombre des Antilles n’a presque pas d’amertume.

Le maraîcher en herbe a suivi des cours en ligne sur le démarrage d’un projet agricole, sur la culture en serre et la gestion financière de ce type d’entreprise... mais rien sur la façon de faire pousser des légumes des Antilles sous les latitudes du Québec !

« Pour ça, il n’y a pas de formation », dit-il en riant.

Trouver les semences de ces légumes chez des producteurs internationaux, biologiques par-dessus le marché, a été un autre de ses principaux défis.

« Ça s’est compliqué au service des douanes avec la pandémie. Et on ne peut jamais être sûr qu’on ne nous refile pas de vieilles semences », explique-t-il. 

Une terre à soi

En ce deuxième été de production, il envisage maintenant l’achat d’une terre pour mener à bien son projet de forêt nourricière. 

« C’est autant pour que les Québécois fassent des découvertes culinaires que pour que les gens d’origine antillaise et africaine retrouvent les saveurs qui leur rappellent leur pays d’origine », explique l’agriculteur québécois d’origine haïtienne.

Chaque panier est d’ailleurs accompagné d’une infolettre qui contient des suggestions de recettes permettant d’apprivoiser des produits moins connus. 

Adopté par une famille québécoise à l’âge d’un an et demi, Jean-Philippe Vézina conçoit aussi les Jardins Lakou comme une façon de se reconnecter avec ses racines haïtiennes, entre autres via la gastronomie. 

« J’ai ressenti un fort besoin de comprendre mes origines à l’adolescence, et c’est un cheminement que j’ai gardé dans ma vie adulte », dit l’homme de 42 ans. 

Agriculteur et noir

C’est également une occasion d’assurer une présence de la diversité dans le monde agricole québécois, en grande majorité blanc et homogène. 

Il lui est d’ailleurs arrivé à quelques reprises de se faire prendre pour un employé saisonnier dans les commerces de matériel agricole de la région. 

« Il y en a qui ont des gros yeux, surpris que ce soit un Noir qui débarque, qui connaisse son projet et qui soit [à la tête d’une entreprise agricole] », illustre M. Vézina. 

« Mais autant dans la communauté haïtienne que dans les autres communautés noires de Montréal, les gens sont très fiers que l’un des leurs fasse l’effort de cultiver ces produits-là », souligne-t-il humblement.